Ne reste pas seule

Ne reste pas seul

Ne t’isole pas. Il y a tellement de fantômes qui t’emportent dans leur tombe, si tu ne te relies pas aux autres humains, malgré les maux, les zones d’ombres, les rejets et les incompréhensions entre tous, il vaut mieux se frotter les uns aux autres que demeurer séparé et reclus. Dans cette situation d’isolement ton âme flirte avec la mort, dans l’effroi et l’angoisse.
L’ermite est peut-être une voie, ce n’est pas sûr. Ce n’est peut-être qu’un état de conscience, d’un je conscient de ce qui se trame en lui, qui sait pertinemment que les mots et les images, les métaphores, et les symboles ne sont que des pâles copies des puissances incluses dans le Corps, blanc et noir, profond et élevé des univers qui t’habitent. Et contre lesquelles tu es comme sur barque dans l’océan tourmenté et vaste. Non ne reste pas seul. Ou alors pense à tes anges. Songe tout de même qu’il leur faut aussi un corps pour te parler et te voir, et que ce corps te ressemble. Vois, nous ne pouvons rien sans assemblée, Mais celle-ci n’a nul besoin de s’instituer, de fixer des lois, elle n’a qu’à laisser la parole et l’entendre, afin qu’en chacun d’entre nous la conscience s’éveille, que nous prenions la mesure de l’urgence et du drame si rien n’est fait pour endiguer les flots sinistres des discours univoques, nous réduisant à n’être que des nombres, sans nom.

j’aimerais leur dire aux assassins

à ces assassins des arbres innocents
qui peuplent les plaines
et la demeure des oiseaux
qu’ils tuent le chant et le rêve
la musique divine du rossignol
et le croassement des corneilles
annonçant les eaux bonnes
pour les vignes et le blé
pour vos enfants même.
Il n’y a plus aucune raison
que le suicide qui vous guette.

Comme un vol de corbeaux

Je suis comme un corbeau aux yeux crevés qui s’agite dans sa cage quand elle s’en va
Je reste seul entouré d’un silence de plomb.
Je songe alors à ma mère devenue vieille et évaporée si proche de tous ces nuages comme si elle y habitait détachée
Je songe aussi à ces poètes qui cherchent leur consolation dans la douceur du chant qui délivre l’âme de son flacon
Que te restera-t-il quand elle ne sera plus là l’épouse, elle qui te comprend sans un mot sans l’ombre d’un doute.
Le temps nous impose sa loi impitoyable où il nous faut nous armer de patience, simplement qu’il ne nous broie pas dans son étreinte
Il nous impose depuis toujours de savoir dans quelle passion nous sommes tenus, nous écorche et nous dénude en entier
En ce lieu sans voix.
Mais au loin dans le fracas des industries ricanent elles encore ces hyènes vols de vautours qui guettent ta mort.
Et puisque toi tu sais, tu sais aussi qu’on ne te pardonne rien, que jamais on ne te cédera d’un pouce.
Tu n’auras d’autre espoir qu’en ce lieu d’où tu te souviens.

Du jeu et du nous

Il y a un jeu entre le je et le nous, un dialogue, un échange. Le nous nourrit-il le je convenablement ou bien l’écrase-t-il en lui imposant des contraintes dont il ne saisit pas le sens, et la nécessité éventuelle ? Inversement chacun d’entre nous fait-il tout ce qu’il doit pour que l’ensemble -les autres- aillent pour le mieux ? Ou profite-t-il de la faiblesse du nous, de son incohérence ?

L’ensemble ne peut pas aller bien si l’individu va mal, et réciproquement.

En ce sens, Dieu serait ce Sujet ayant en lui tous les sujets plus ou moins éveillés, plus ou moins endormis. Il les rassemble, à condition qu’ils soient libres et conscients. Faut-il que les sujets -je- effacent leurs volontés propres, leurs désirs et leurs envies ?

Ce n’est pas si évident. Qu’est-ce qui doit parler en moi ? Si c’est ma chair qui parle, il se peut qu’elle parle d’ignorance. Si c’est l’esprit qui parle, il faut alors que je laisse parler l’Esprit en moi, et non pas mon esprit ignorant.

Se laisser penser plutôt que de penser par soi-même, afin de retrouver l’essence de sa pensée propre, ce qui revient à se retrouver soi-même, se connaissant, et reconnaissant tout autre, tous les autres, dans une progression.

et ?

Du bien et du mal, essai de décryptage

Quelle affliction. Quelle désolation. Savoir que les derniers géants sont tombés, sous les coups furieux de la hache. Et que les enfants ne le verront plus, ce vieil arbre sur l’île de Vancouver, et qu’il n’y aura plus qu’un sol désert, et malade. Il n’y a pas que cela comme signe de désolation, il y a aussi tous ces enfants livrés à la machine des jeux et des écrans, de cette boite où on enferme leur esprit ou leur cœur dans des batailles qui les intoxiquent d’adrénaline et d’endomorphines. Faut-il que des hommes inhumains agissent comme des salauds pour aggraver ce processus, des inconscients qui se vengent de quelque chose.
Je disais ceci : on dirait que Dieu se suicide par la main d’agents exterminateurs. Qui forcément se maudissent en commettant ces actes là. Et qui laissent les innocents stupéfaits et sans comprendre de quoi il s’agit en vérité.
Vois, le mal vient aussi de Dieu. Mais il ne nous oblige nullement à le faire. Il nous oblige à un choix crucial. Il n’a nul besoin de faire mal, pour que sa justice opère. Ce n’est pas lui qui tient la hache. Ni le démon. Cette sorte d’ange. Ce mal effectif n’est que de notre humanité en proie à ses aveuglements, ses envies, et ce vide. Vide existentiel, ou essentiel, comment savoir et comment inverser cela ?

La question, le problème du mal est indissociable de la question de dieu, de l’origine. Tout vient de dieu et ne peut provenir que de cela. Le mal n’est pas seulement un fait d’homme ou de nature. Dieu contient bien et mal, bon et mauvais, mais ces qualificatifs ne tiennent que selon notre jugement, ils n’ont aucune valeur en cette entité nommée Dieu. Mettons que dieu serait comme un feu solaire, à la fois donnant de la vie et brûlant la vie. Nous échappe cette idée d’un bien non séparée d’un mal, où dieu serait les deux, nous nous sentons pris en défaut. Nous ne pouvons faire qu’un seul constat, poser un jugement a priori d’un bien distinct d’un mal. Je m’exprime mal, je veux dire que dieu aussi peut faire mal, et le fait effectivement. Mais ne le fait plus de sa main, ne s’engage plus à le faire de lui-même sans savoir ce qu’il fait ni pourquoi. De même que le bien. On pourrait dire que dieu ne fait plus rien. Et vu d’où nous sommes, penser qu’il n’est rien par conséquent.
Tout ce qu’on peut se demander, c’est pourquoi le mal est si fort dans le monde. Pourquoi ces souffrances et ces destructions. Pourquoi aussi succombent autant d’innocents ? Et que demeurent en vie des gens très mauvais. Comme si il n’y avait rien de juste dans ce monde, ni ailleurs. Le réel serait foncièrement mauvais, injuste et mortel. Ce ne serait qu’un jeu terriblement destructeur.

Vois, par chance, la terre engendre des arbres de vie prodigieusement beaux et grands. Des gens comme des géants lumineux. Puis ceux là, sont fauchés par des méchants et des funestes inconscients, des avides et des affreux, qui exterminent et sacrifient la vie, faisant mal.

Pourquoi dieu laisse faire tout cela ? Soit il n’existe pas, soit il est indifférent à tout ce qui se passe autant du bien que du mal. Et pourtant on est tenté de penser que tout ce qui existe est de son fait et de sa nature. On est tenté de penser que tout ce qui Est (beau et grand) provient de lui, exclusivement, comme un don. Est lui. Ce qui est vrai. Mais pourquoi cette noirceur dans le monde, comme s’il s’était retiré du monde et nous laissait en prise avec son absence. En prise avec un mal profond et terrible. Ceci de son fait. De sa volonté. Ou bien de la notre ? Il n’y a plus de dieu, il n’y a dans le monde plus que le mal. Comment allons nous pouvoir lutter contre Cela ? Contre les profondeurs de la malédiction, et du malheur engendrant du malheur, contre les puissances atroces de l’anéantissement, et de l’absence de l’être vivant, de l’être qui s’est absenté de l’être et serait l’origine de tout. La racine et le fondement.
Nous laissant seuls face à nos responsabilités et choix. Devoir assumer la souffrance, et voir comment nous allons nous en sortir.
On peut accuser les hommes de faire mal s’ils le font effectivement, leur imputer leur responsabilité. Dans tous les cas, même dans celui d’être devenu fous ? D’avoir perdu l’esprit ? De ne plus avoir tous ses esprits ?
Eh bien voyez vous, il y a une chaîne, une continuité dans l’humanité, une sorte d’unité de tous les hommes. Et cette chaîne est brisée. Ce qui fait que le bien, le tien, n’arrive pas aux oreilles de l’autre, de celui qui fait du mal.

À supposer que tu fasses aussi bien que ce que tu prétends. Or, le bien, en tant que tel ne peut être qu’absolu. Inaltéré, sinon le mal l’emporte.
De tous ces mots très maladroits et approximatifs, il en ressort une chose : c’est que nous n’avons pas le choix. Pour voir tomber les maux atroces du monde, nous n’avons qu’une seule réponse à y opposer c’est de faire « bien ». Nul besoin de nous ériger en juge des autres. Faire « bien » suppose de le savoir. Le sachant nous pourrions espérer le rendre à ceux qui l’ignorent sans passer par une effroyable tyrannie du Bien.

La vérité a t-elle besoin de nous pour vivre ?

La nature est « parfaite ». Elle est vraie. Elle ne peut mentir, ni se tromper. Elle ne sait pas être autre que ce qu’elle est, elle n’est pas critiquable dans son essence. Malgré les poisons qu’elle contient. Ils remplissent leur office et leur fonction. Tout comme le venin et le baume. Où nous devons être critique c’est vis à vis de nos actes et de nos pensées, de nos mots également jetés dans le monde, ou de nos inconsciences, et de l’évolution de notre conscience plus que celles des autres si nous n’avons pas accompli en nous ce travail nécessaire, et la mise en lumière de notre part obscure.
Tout ceci, cette transformation n’est pas uniquement de notre fait. Je ne suis pas capable de révéler une vérité que j’ignore. Pour que cette vérité se révèle, il faut bien qu’il y eut un révélateur, amorçant le processus en mon esprit. De même dans le votre. Et dans celui de tous les hommes de proches en proches.
C’est par là que ça passe. La logique est insuffisante pour effectuer cette révélation de l’essence de la vérité. Elle ne dispose que d’outils contingents. Inclus dans les données du monde et non ces données externes, antérieures et originelles. Nous ne disposons pas de la vérité du bien ni du mal a priori. Nous constatons du bien et du mal après coup, ou après caresse.

Mais voyez vous, il se peut qu’en notre monde vienne parfois des signes d’un monde extérieur, pour nous éviter le pire et nous rappeler.

Ceci se passe de façon discrète et intime. Ceci ne peut se communiquer qu’avec des proches, dans l’amitié. Et ses effets dans le monde passent inaperçus mais cependant le transforment et le sauvent. Cela nous sauve. Cela cependant ne nous épargne pas du mal, auquel nous devons répondre sans le rendre.
Vous verrez bien.

Dieu Nature

Non je ne confonds pas.
Dieu et la Nature font deux
distincts, conjoints.

à qui devrions-nous rendre grâce
de nous retrouver ?
à qui pourrions-nous en vouloir
de nous égarer ?

Il n’y a pas de mal
si ton âme respire
ton cœur bat.

Quelle tristesse
ce sol stérile et sec

Penser la Nature

Vois comme elle coule de source pure
elle passe son temps à dévoiler
les plans inscrits discrets
et cache ceux qui doivent demeurer secrets.
non elle ne fait pas mystère de ses charmes
rien n’est mort en son corps apparaissant
tout est grâce.

Quel poison avons-nous jeté à la source
pervertissant la raison et l’image
nous succombons dans l’oubli
et n’entendons plus la voix douce
sauf en ces rêves qui reviennent.
Mais il faisait nuit, nous dormions.

Le rêve s’envole,
la pesanteur retombe sur nos épaules
tel un voile épais matériel.
Sombre crypte des écritures
où la pensée pure se trouve errante
sans nul point d’appui,
nous nous cognons sur le mur de pierre.

Je reviendrai.

Se lever

Tu ne verras rien
si tu restes
vautré dans la fange
des opinions
méconnaissant la nuit
profonde des destins
la barbarie sauvage
sous tes pas
le feu et l’orage
qui se vengent
de cette morsure
lame dans le cœur
vivant de l’ange

Debout levé
le doigt tendu
vers ce dieu
qui te manque
ton double en vérité
effaçant tout mensonge
te voilà nu
insignifiant
dépouillé de tes masques
corps de boue
écrasé sous les coups
mortels du monde.

Plus rien n’est lisible
tout n’est que silence
ou bruit assourdissant
insensé des absences.
La harpe serait-elle brisée
n’émettant que des discordances
qui t’achèvent ?

Tu as froid. Nulle équation. Juste le sang.

Toujours cette idée de Dieu

Que n’entend-on pas à propos de ce mot ? C’est lassant, on n’y comprend plus rien, chacun y allant de son opinion, plus ou moins juste, plus ou moins faussée.
Nous vivons un temps spécial, où la Science cherche à s’imposer comme seule voix valide. Refoulant les autres dans leurs relativité et subjectivité douteuse, à laquelle on n’accorde qu’un crédit très relatif. C’est normal, nul homme n’étant a priori détenteur de la vérité absolue. Et depuis le temps que tout le monde en parle et se contredit, rien ne peut être sûr en ce domaine là. À celui qui voudrait remettre les pendules à l’heure, on ne va pas lui donner un chèque en blanc, sans qu’il prouve ce qu’il annonce. Les hommes veulent des preuves. Ils ne mesurent pas combien leurs affirmations ou leurs thèses peuvent être scabreuses et même complètement absurdes, même parmi celles des intelligents et des savants. Ils acceptent tout de même les ressentis et les paroles des croyants, comme celles des artistes, mais les rangent dans les catégories sans trop de valeur au fond, comme des flous artistiques.
Ce qui fait que l’homme se trouve seul avec ses « preuves » et ses épreuves.

Pourtant, nous ne pourrions vivre s’il n’y avait Dieu. Non pas le mot, mais tous les sens que ce mot recouvre. Comme si nous pouvions vivre s’il n’y avait nul objectif, s’il n’y avait nulle vie, nulle idée supérieure, s’il n’y avait rien au-delà de cette existence ici, ou de cet univers. ( et combien d’autre sens encore recouvre ce mot, cela semble inépuisable, insondable, et inconcevable)
Ce n’est pas la Science qui est en cause. Mais notre façon de savoir, de vouloir savoir. Les affirmations de la science énoncée par les savants sont si peu probantes. Prouver le 1 ou le 2, par exemple, comme si cette mathématique prouvait quelque chose, alors qu’elle ne fait qu’énoncer un objet non défini. (peu importe ). Ils ne prouvent que leurs postulats exactement comme des croyants. Leurs postulats les regardent. Il est vrai cependant que la démarche scientifique n’autorise pas l’erreur dans son déroulement, tandis que celle des croyants semble pouvoir s’en permettre vu qu’elle ne concerne que l’humanité faillible et faible. Et que la science se veut infaillible et dure.

Pour être dure, elle l’est surtout dans les mains des pouvoirs et de la machine. Nombre d’intellectuels succombent à la dureté du Logos. Et des programmes oubliant l’humain, et sa part sacrée. Ou irrationnelle.
Se servir de la Science pour asseoir une puissance se fait au détriment des simples.
Il reste heureusement cette ingénuité et capacité d’émerveillement qui ne ruine pas le vivant et la nature, malgré tous les assauts qu’ils subissent.

Quand nous avons perdu la vie

Quand nous avons perdu la vie, c’est à dire cet ensemble de liens, de relations et de biens, nous serions tentés d’entrer en religions et de nous agripper comme des naufragés dans cet océan inconnu. Tout devient alors très compliqué, puisque la vie est simple. Plongés dans les maux nous prenons la mesure du bien, de même que malades et souffrants nous mesurons ce qu’est la santé, ou nous réalisons à quel point l’autre aimé est cher quand il a disparu, que nous pouvons regretter.
Ne rien faire de ce qui alimente les regrets, ni les remords…
Voir où se situe la vie devant nous et la rejoindre. Encore faut-il entendre ce qu’elle nous dit.