Ça tombe tout seul

Nous voudrions savoir ce qui se passe. À quoi rime tout cela ? Nous nous interrogeons. Cela nous paraît très maléfique. Insoluble piège. Voie sans issue. Nous ne sommes plus rien. Réduits à n’être que des numéros dans un ensemble de données qui composent la carte, la géographie, la table des opérations et des mouvements inscrits sur des tableaux informatisés, scannés en une multitude de feuillets superposés, les hommes n’ont plus d’existence propre, ils sont sujets d’un plan, d’un modèle en cours d’élaboration sous leurs yeux, contributeurs volontaires d’un projet non défini, n’ayant pas de sens défini, excepté cette impression de pouvoir y vivre. À la différence des premiers hommes naïfs jetés dans la nature sauvage, qui n’avaient que leur imaginaire pour restituer les modèles existentiels, puiser par les mythes tout le mystère, ainsi que ce sentiment d’exister et de pouvoir jouer dans le monde, et donc d’y vivre pleinement, fusionné ou en osmose avec la totalité perceptible, il est possible de dire qu’il vivaient vraiment sous l’autorité de la nature ou de ce qui l’a produite. Les hommes vivaient par la tribu, la terre, la nature, le sacré en face d’eux.

Ici, désormais, dans ce nouveau monde, il n’y a plus rien de tout cela. Il n’y a plus que des théories et des concepts, donnant lieu à des idéologies et des systèmes dans lesquels nous devons nous mouler et nous conformer pour pouvoir y subsister sans trop de dégâts, et si nous nous y plions pas en récusant leurs principes, nous sommes exclus du jeu. Ce n’est plus la nature qui dicte le jeu mais une sorte de machine implacable, et sans pitié. D’une nature « bonne »nous sommes passés à une nature mauvaise, une machine infernale. D’une lumineuse nous sommes passés dans une ténébreuse. D’une nature paisible à une machine de guerre contre nature.
Malgré tout cela les hommes continuent, ils complexifient leurs lois, ils améliorent les systèmes et affinent leurs techniques, économiques, marchandes, séduisantes, hypnotisant les foules, contraignant en privant ou récompensant. Du plus riche au plus pauvre, ils servent cette machine inhumaine. Insensée. Ce qui fait qu’il n’y a plus personne sur terre. Plus personne pour pouvoir dire « moi» et conserver son « moi » inviolable. Tous les sujets étant dissous dans une insignifiance globale, mondiale, qui passe pour transcendante, mais est une inversion de la vérité, ou sa preuve par le manque, ou par l’absurde.

Il existe une nécessité faisant loi. C’est de devoir se conformer à quelque chose, à un « plan », ou un modèle sur lequel nous calquons nos modes de vie. À des archétypes ? C’est le fondement de l’esprit religieux. Source de nombreux conflits. Jésus ne t’a jamais demandé de vivre comme lui, il t’a juste demandé de chercher ta loi, de la vivre, ce qui ne peut être que juste si la loi est juste.

Plus simple tout de même que toutes ces modélisations qui nous tombent du Ciel pire que la foudre de Jupiter.

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