C’est qu’il ne faudrait pas perdre la boule

Ne pas perdre la tête, ce n’est pas prendre la tête, ni se la prendre, s’obséder, c’est juste ne pas perdre la boule, la vie sur terre. Aller jusqu’au bout, à la ligne d’arrivée. Là, elle se franchit tout seul.
Le temps, fonction de l’espace, l’espace fonction de quoi ? Les deux forment le repère de la dimension où nous vivons, évoluant ou non. Le présent n’est en rien subjectif, il est partout présent. Ce qui est subjectif, c’est notre mémoire du temps présent, notre présence d’esprit, notre appréhension des instants et des choses, mémoire visible dans le miroir de l’espace.
Si nous sommes ici, c’est parce que nous avons quelque chose à franchir, sans perdre cette présence. Sans succomber dans l’oubli, dans l’absence ou la folie, qui effacent tout de nous, toutes nos traces et repères, nous serions revenus à l’état de poussière, comme nos cendres. Toutes nos pensées, nos amours, nos paroles, et nos fêtes, nos joies retombées, parce qu’elle ne furent pas exactes ou empreintes de vérité, il faudra reprendre à zéro, au début de ce que nous sommes en vérité. Cela passe vite, cela revient très vite, nous ne pouvons nous défaire absolument de ce que nous sommes dans l’absolu de notre âme. D’abord parce que dans ces univers nous ne sommes pas seuls, et que les présents veillent, nous réveillant et nous mettant dans la situation de veilleur à notre tour, des autres, et de l’ensemble. Nous nous soutenons dans cette ascension, et si parfois nous chutons, il reste quelqu’un pour nous relever, si ce n’est ton tour de relever l’autre. Chaîne.
Ce qui est au-delà n’a pas d’importance pour le temps présent. Ce qui importe ce sont les présents, ayant leurs passés propres et leurs futurs à construire, qui déterminent la vie sur terre et la vie au-delà. Il ne faut pas que cette vie ne soit qu’un gâchis misérable. Nous en avons eu notre dose, il me semble. Ces souffrances infligées dans les cœurs, les corps, les naufrages, les violences, ce défilé de cadavres et de corps calcinés, cela ne suffit-il pas ? Que faudrait-il pour que nous cessions de torturer notre prochain, et qu’au contraire nous soyons pour lui source de consolation, sans l’ombre d’un doute ou d’un soupçon. Sans lâcher ce que nous avons de bon, sans trahir ou renier. Nous avons certainement fait notre part de mal dans le monde, que nous ne pourrons que regretter à jamais. Nous avons aussi la part de bien que nous n’avons pas fait qui serait source de remords. Comment pouvons-nous nous penser plus blancs que ce que nous sommes, ou plus noirs ? Nous serions alors bien grisés par cet aveuglement. Et nos actes et pensées seraient de la même teinte sinistre, d’un mauvais mélange.
Nous aurions perdu tout discernement, ou autrement dit la boule.

Bon, continuons à sonder. Nous avons beaucoup à pêcher.

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