L’alarme aux oreilles des élus défaits.

Je voterai pour celui qui prend soin des papillons, de toutes ces chaînes de vie sauvage en péril, arbres, arbustes, arbrisseaux, fleurs au bord du chemin, aulnes, saules et sureaux qui courent le long des ruisseaux, fossés où vivent les dernières grenouilles, bois qui se débattent dans la solitude et le désordre apparent, comme tous les champignons inutiles, et les vieux châtaigniers. Je donnerai ma voix à tous les dauphins et les baleines qu’on assassine, comme ce cerf si majestueux sacrifié pour satisfaire la méchanceté des commanditaires du crime de la terre. Ma voix aussi pour ceux qui renoncent à la puissance des machines et donnent sans calculer. Ceux qui pensent à l’innocent avant le coupable, qui pardonnent avant de juger. Ceux qui savent que la vie est un grand mystère insondable inspirant un profond respect. Ceux qui s’inclinent au pied des gens qui souffrent, et les soutiennent dans leurs combats quotidiens, leurs défaites et leurs malchances, qui se réjouissent aussi de leurs bonheurs.

Mais ma voix compte pour si peu, dans ce bruit infernal, cet abandon.

Les hommes sont ainsi. Le maître parlait en sourdine, dans cette assemblée de gens instruits, on aurait qu’il chuchotait des vérités si fortes qu’il n’osait à peine les prononcer à voix haute, mais cherchait simplement à se faire entendre de ceux qui eurent encore des oreilles. Que faut-il crier pour que les sourds écoutent ?

Je voterai pour celui qui se place en dernier. Comme doit le capitaine quitter le navire naufragé, sans succomber avec l’équipage et les passagers. Il faut que ce cri là, qui est celui qui traverse les âges, soit entendu jusqu’en Chine et au-delà. C’est la Terre qui crie. Et par les larmes des justes et leurs silences, leurs désarrois, lancent les alarmes, pourquoi ?

Je vote pour celle qui voit le néant sous ses pieds. Lucide.

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