Dernière chance

Faut-il se perdre pour pouvoir se retrouver ? N’être rien afin de se connaître ? Effacer tout ce que j’ai fait, dit ou écrit, pour que cela ait un sens ou une légère consistance ? Passer comme un fantôme ou un rêve oublié ? Que reste-il de nos jours ? De nos amours et de notre savoir ? Cet océan terrible et ses vagues déferlantes engloutissent les malheurs et les bonheurs, assassins, victimes, tout y trépasserait comme s’il n’y avait rien eu que des poussières ? Mais bon sang, que faisons nous de l’éternité ? De son absence absolue au centre du présent ? Comme une place vacante.
Que les mots semblent vains, n’apportant rien que tout le monde ne sache déjà. Comme si nous parlons pour ne rien dire, ou juste pour tromper le temps et l’ennui, sans effet notable sur la conscience, objet sans objet, objet insaisissable, insignifiant « je ». C’est aller un peu vite en besogne de ne voir ou penser ou croire, qu’il n’y a que merveille éternelle sans temps d’apprentissage. Sans devoir tout rendre de soi.
Vois cher ange, de tous les robots qui composent ces univers, de tous tes corps qui tournent dans les espaces vides, de tous ces vents automatiques obéissants aux lois impossibles à écrire, parmi tout cela sauras-tu entrevoir et saisir le signe fugitif, celui qui ne vint que un par un parmi les milliers d’autres t’appelant ?
Si les conditions humaines sont si éprouvantes, sans commune mesure avec celles des autres êtres vivants, que nous faisons souffrir atrocement, sais-tu pourquoi ? Que se passe-t-il dans le fond réel de ton âme, de l’être singulier que tu es ? De sa divinité. C’est à dire de son devoir de libre arbitre. De créateur de ces mondes. Oh non, certes pas seul, parce que la tâche est immense, comme foisonnent les formes animées, dans ce puzzle de pièces innombrables. Dieu, cela doit être Ta qualité. Et tu as devant toi tous les autres dieux possibles, comme sont les Eloa couronnant les univers, même si à l’instant il n’y a personne que des corps, des sacs d’os de sang, et de sève.
Dans cette lacune immense, il est tentant de donner sa voix à un imposteur à la tête des états fantômes et des banques, ou à un autre ignorant. Qui te réduira à l’état d’un globule éphémère parce qu’il ne sait que cela, avec ses armées de savants, et ses montagnes de livres, de vieux grimoires, et aujourd’hui avec ses robots dotés des logiques sans pitié, sans la moindre faille dans son système.
Nous reste-t-il une chance ?

Si toi, tu retrouves ton dieu, en toi, et hors de toi, comme tu peux le vivre, et qu’il te fait vivre, crois tu que tu l’abandonnes et qu’il puisse t’abandonner comme une vulgaire chaussette ? certes tu ne manqueras pas de forces contraires pour te mettre au défi, et te torturer pour voir jusqu’où toi et ton dieu seront capables d’aller pour te sauver. Ce n’est pas tout à fait une promenade, ces univers.

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