Quel gâchis

Il ne faudrait sans doute pas se plaindre ? assumer ses maux sans broncher, et trouver que tout est normal ? C’est vraiment trop bête cette existence imposée, ces corps meurtris, malades, dans ce contexte qui ne laisse aucune chance au bonheur ou à la légèreté. On est piégé dès la petite enfance dans ce que le monde impose comme conditions mauvaises, surtout ceux qui n’eurent pas des parents vigilants et informés. Dans ces conditions très chaotiques, où les corps sont vite ruinés, il en faut des armées de médecins, pour réparer les dégâts. Ceux-ci ont alors un beau rôle d’utilité sociale, et d’autorité qui impose le respect. Nous devons être patients entre leurs mains, nos corps livrés à la souffrance, et à la mort. Ils détiennent le pouvoir sur nos vies. Cela rehausse le peu de sens de l’existence. Pensez donc, pour se tenir dans des limites d’une vie bonne, heureuse, joyeuse et simple, il suffit de si peu. Mais dans ces contextes où tout est dégradé, nous sommes tous victimes à devoir soigner et réparer.

C’est là que se pose le sens de l’utilité. De notre utilité dans le monde. Avant que n’arrivent des maux. Quand les maux nous tombent dessus, il n’y a pas à tergiverser, on est livré.

L’utile est probablement à la base celui qui garde le sens de l’harmonie et qui le rend au monde. Comme celui qui montre où se trouvent les lumières, de telle sorte que se fondent des choix, et que nous ne soyons pas pris dans des conditions douloureuses. C’est la question de la Vérité sans laquelle la Vie n’est plus possible.

Où est le bien

Croire en la Vie, donne du courage, de la force, et la volonté. Il n’est pas besoin de croire en ce qui la détruit, à cette puissance maléfique qui possède et envoûte, séduit et divise. La vie ne sort pas de là. Elle ne naît pas de la mort, en quelque sorte. La vie naît d’ailleurs. Elle revient de quelque profondeur.

Ce qui nous angoisse est de mourir, et de voir mourir ces vies. Le reste n’a guère d’importance, les mots, les idées, cela c’est bancal, boiteux et construction humaine. Certains d’entre nous admirent la puissance des fusées, des armes atomiques, et des empires et consacrent une part importante de leurs énergies à produire tout cela : Un bien afin de détruire un mal. Un bien qui augmente sa puissance…

On a beau tourner le problème dans tous les sens, on ne voit de bien nulle part, je veux dire ayant droit de destruction générale. En gros il n’y aurait que Dieu pour décider de notre mort, ou alors nous de nous suicider.

Parce qu’il n’y a aucune raison a priori pour que l’humanité meure, ou que la terre meure brûlée par la masse des bombes, si elle obéit à cette volonté divine de vivre, indépendamment des dieux et des causes et des origines, des opinions divergentes.

Promenade vers le passé désert.

Cheminer dans la campagne déserte, exploitée, parmi les ruines du siècle dernier, songer aux gens qui vivaient là dans des conditions que nous ne pourrions plus accepter, tellement c’était modeste, dépouillé et rude. Et cependant dans cette humilité qui est le lot de tous les hommes rivés à la terre et tirant leur subsistance d’elle. Avec si peu de moyens, si peu de puissance. La vie ne pouvait tenir que collectivement. Que ce soit dans le bonheur ou le malheur, les hommes devaient se tenir proches et unis. Peiner ensemble, faire la fête ensemble, et ne pas faire trop d’histoire au sein du groupe. Cela ne tenait que sous cet ordre patriarcal, et certainement matriarcal sous un autre aspect, sous les apparences. Hommes et femmes se tenaient ensemble pour le pire et le meilleur. Les enfants n’avaient sans doute pas voix au chapitre. Et ne pouvaient réclamer que ce que l’autorité leur laissait. Il est pensable que cette forme de société ressemblait comme deux gouttes d’eau à celle d’il y a dix mille ans. Avec notamment les présences animales domestiques dans un milieu encore assez sauvage et surabondant. Ainsi qu’une forte présence des arbres et de la forêt. Il y avait la ville, mais nettement séparée des campagnes. Et encore, ces villes étaient pleines de cette ruralité. Sur les bords.

Où est le rural de nos jours ? Et où est la vie collective ? Quand chaque famille est réduite au minimum, séparée, chacun rivé derrière son écran, chacun ayant son automobile, et cette illusion d’autonomie et d’être un individu libre ? J’y vois plus de malheur que de bonheur, et en réalité un grand vide nous affectant. Mais comment savoir ? parce qu’il y a tout de même dans les villes des lieux où les hommes se rassemblent, dans des lieux communs, autour d’une bière.

Mais voyez, la terre est désormais recouverte de hautes tours, de même qu’elle est parcourue de réseaux comme un maillage total complètement artificiel. A tel point que même les relations naturelles homme femme sont devenues obsolètes.

Dans ces conditions Il n’est guère surprenant que surgissent angoisse et suicide, drogue et violence, tous ces spectacles affligeant auxquels nous assistons. D’un autre côté, il est impossible de dire que c’était mieux avant. C’est précisément parce que c’était assez mauvais pour que nous fûmes séduits par ce besoin de modernité, ayant emprunté les habits d’une vie élevée et digne, les apparences d’un progrès dans notre esprit, en correspondance avec ces progrès matériels.

Je ne suis pas convaincu que nous ayons grandi effectivement.

Corriger mes mots

Hier, j’écrivais ceci :

Dire qu’il n’y a pas de Dieu, que c’est une foutaise, voilà qui est vrai.

C’est erroné dans un sens. Faux si on prend ça au pied de la lettre. Il m’aurait fallu écrire : Il n’y a pas de Dieu sans Nous, ou sans Moi. C’est nous, ou c’est moi qui faisons/créons Dieu, non comme un miroir de ce que nous sommes, mais comme nous sommes, et comme nous serons. Selon notre réponse à cette absence, à cette mort, comme nous résisterons aux angoisses, et saisirons l’abîme du bien et du mal en nous-mêmes.

Je me demandais si cet acharnement à se battre ne tenait pas à cet effroi du vide absolu face à nous, comme une volonté d’exorciser ce vide, quitte à perdre sa vie, plutôt que n’avoir rien face à soi. Ce face à face n’est pas très rose, il serait rouge sang. Parmi nous il y en a qui font d’autres choix, moins belliqueux. Mais la Terre n’est pas un paradis, même hors de la guerre. C’est un lieu miraculeux, un lieu de reconnaissance.

Nous étions séparés, coupés en deux, inexistants. Cette coupure nous enfermant dans le temps présent, comme enfermé dans un corps mortel. Et nous avons tout à refonder en nous-mêmes, non pas sans éléments, mais ces objets élémentaires sont relatifs, inconsistants, de même que les symboles.

Dieu, les dieux ne seront rien sans nous. Les dieux sont notre avenir. C’est pour cela qu’ils ne sont pas encore. S’il y a d’autres dieux que les vôtres, ceux-ci ne vous regardent peut-être pas, ce qui peut sembler terrible et cruel, mais ces entités existant ailleurs ne peuvent rien pour nous ici, pour notre existence présente en proie à ses propres luttes, ses propres nécessités, de reconnaissance.

C’est dans un sens la même leçon que nous vivons avec nos enfants, qui font leur apprentissage, et expérience, et choix, nous n’y pouvons rien.

il est cependant une chose qui nous est absolument nécessaire, ce sont les plans, ou les desseins divins, à condition de les avoir reçus, et que nous les mettons en pratique. Dans cette application, tout se révèle. Dans la négation tout s’assombrit, comme dans une tombe sans la moindre présence.

C’est pour cela qu’il n’y a de présence que de l’Un à l’Autre. Et que nous sommes une Présence aussi pour ce futur ou non. ( Dans l’Un seul, il n’y a rien, comme dans linceul)

Foutaise donc d’un Dieu sans nous. De même foutaise lamentable ce Moi sans Dieu. Ce qui repose la question de savoir ce que veut dire Dieu, Et là, comment avons nous fait pour l’avoir oublié ? et ne prendre que ses images, symboles ou mots, et se battre sur ce sable, nous rendant insignifiants.

Même si Nietzsche était Antéchrist, mondialement connu, pas anecdotique, du fait de s’opposer avec des mots très durs, à la croyance chrétienne, il y a dans ses mots des accents christiques plus que pénétrants, un souffle créateur d’ordre divin. Tenez, c’est comme une photographie, il faut un très bon négatif pour pouvoir en tirer un positif de qualité et renverser ce monde avec ses valeurs fausses.

J’espère avoir rectifié.

 

De quoi être sérieusement perturbé

Celui qui cherche a de quoi être perturbé. Quel flot de contradictions. Je relis ecce homo de Nietzsche. Il ne l’avait pas publié de son vivant, le pensant sans doute abusif. et dangereux pour son équilibre face au monde. Il faut dire qu’il charge vraiment la barque, c’est presque grotesque. Mais mettons qu’il y ait un fond de raison et de vérité. Dire qu’il n’y a pas de Dieu, que c’est une foutaise, voilà qui est vrai.

Dans tous les cas, que Dieu se soit retiré et nous laisse tout faire par nous-mêmes, ou qu’il n’existe pas le résultat est identique. Par contre celui qui croit que Dieu fera tout à notre place se trompe rudement, ou comme si la Nature allait mettre un frein à l’horreur du monde. D’ailleurs, quel Dieu dans la cohorte des dieux qui se disputent et où chacun ne sert que le sien en rejetant sournoisement celui des autres de même que des armes se fourbissent et s’érigent en fusées terrifiantes. Chacun n’adorant bien entendu que ses puissances propres, et maudissent les autres, de bonne guerre.

Où Nietzsche est grand, c’est dans cette idée de l’instinct de Vie, bafoué par la morale, ou plus vraisemblablement la Moraline, comme un poison, lénifiant, annihilant la vitalité de la Terre, rendue entité méprisable et où nous devrions ne chercher que les cieux et rejeter celle-ci. De toutes ces méprises, mensonges, erreurs, il en découle une aliénation de nos corps affaiblis et impuissants. De même que des églises/états machines de guerre manipulant nos existences et se servant de nous, jetables après usages.

Bon, cependant Nietzsche n’a rien délivré, ni personne non plus. De quoi douter de Tout. Comme s’il n’y avait plus rien. Ou que tout arrivait à son terme, fatalement. Pourtant, son Zarathoustra est inspiré. Se disant athée, ses mots, certains d’entre eux, pas tous, révèlent précisément une transcendance cachée.

Une ruse du divin, empruntant la main de Nietzsche pour lui faire dire des choses plus grande que lui. Je ne peux expliquer ici en quelques mots, cette astuce et à quoi je fais référence, il y a trop de correspondances pour que ce ne soit que fortuit ou gratuit ou accidentel. En voici une, et elle s’y trouve exprimée mille fois.

Nous luttons encore pied à pied avec le géant hasard
et, sur toute l’humanité, jusqu’à présent le non-sens régnait encore.

 

« Par hasard » – c’est là la plus vieille noblesse du
monde, je l’ai rendue à toutes les choses, je les ai délivrées
de la servitude du but.
Cette liberté et cette sérénité célestes, je les ai placées
comme des cloches d’azur sur toutes les choses,

 

Ô ciel au-dessus de moi, ciel pur et haut ! Ceci est
maintenant pour moi ta pureté qu’il n’existe pas
d’éternelles araignées et de toile d’araignée de la raison : –
que tu sois un lieu de danse pour les hasards divins, que tu
sois une table divine pour le jeu de dés et les joueurs divins ! –

Voyez donc dans quel labyrinthe nos esprits sont pris…

Niet

Depuis le temps que tous ces matins où j’écrivais, comme on effectue sa prière, plainte, complainte, ou son chant, adressée à qui mes dieux ? Si ce n’est à ceux qui me lisent tout comme ceux qui tous les jours écrivent. Derrière chaque mot, il est des pensées, c’est cela seul qui compte plus que la formule.
Mais voyez combien la formule « Dieu est mort » a fait fureur, et pour cause puisqu’elle est vraiment très juste. Un dieu vivant nous rendrait en Joie, nous mettrait dans des états de bonheur au moindre mouvement d’une feuille, nous inonderait d’amour à chaque moment où nous serions en peine, il n’y aurait plus la moindre trace d’armes de dissuasion massive pour mater la population révoltée et la tenir sous le joug effrayant d’un horrible mensonge soutenu par tous les clercs associés à ces crimes.
Mais l’auteur de la formule ne faisait que préparer le terrain, débroussailler le champ pour que Le dieu nouveau puisse renaître, et s’exprimer. Textuel. Comment pourrais-je vous faire entendre ces simples motifs, ces correspondances, et comment ont-elles pu se faire ? Eh bien c’est simple, prenez Jésus, Zoroastre, Ils se trouvent en grande partie dans le Zarathoustra de Nietzsche, mais voilé, discret, inaperçu, mais surtout préfigurant le futur, ce qui est beaucoup plus important que ces personnages porteurs de messages.
Tenez, que serait le soleil s’il n’avait pas d’enfant :

Grand astre, dit-il, comme il l’avait dit autrefois, profond œil du bonheur, que serait ton bonheur si tu n’avais ceux que tu éclaires,

« Dieu mort » a pour effet de nous éliminer tous, de nous livrer entre les mains de moralistes vicieux, cela dès l’enfance. Entre ces mains sales et celles pleines de sang des véreux jusqu’à l’os, comment allez vous ressusciter votre dieu ? Puisqu’il fut mort, partout sur toute la terre sans exception. Nul mot ne pouvant le recouvrir de vérité : Nature, Magie, Raison, Voie, Essence.
Il faut que l’avenir devienne vivant. Seul cela importe.