De la surdité

La porte n’ouvre pas sur la grotte, la grotte s’ouvre vers quelque cieux.

C’est en quelque sorte, notre corps-cerveau qui fait office de grotte, fermée ou ouverte, réceptrice ou non. Les cieux étant en eux-mêmes toujours ouverts, et vivants nous appelant, nous envoyant toute sorte d’ondes., nous rappelant à la vie, à elle ou à lui.

Bizarrement, certains d’entre nous (moi aussi) ont des lieux clos, des fermetures, ou des blocages, des empêchements, voulus ou non, ce qui a cette fâcheuse tendance à nous séparer ou nous mettre à distance, et de ce fait tout bête, nous sommes devenus sourds.

Le papy doit mettre son cornet à son oreille, comme si c’était une spirale vers l’infini qui entend.

Demeuré

Quelle existence de demeuré, au sens d’enfermé dans une demeure où l’on meurt. Ironie du verbe. Avoir voulu vivre et se trouver enfermé, chercher la vie saine ou bonne, la vie sainte, sacrée ou pure, innocente et sans mal, où le mal est présent mais léger face au bien et au bonheur, ce sentiment de vivre dans le flamboiement doux des amours, des voix, du mouvement calme des êtres animés, avec lesquels on échange.
Souvenez vous des temps anciens quand nous passions nos soirées dans des veillées et que chacun pouvait entendre le conteur, les enfants rire, les mères sourire et le grand-père ronfler près du feu. Bien peu de choses mais assez pour ne pas plonger. Nous sommes non pas des êtres grégaires, nous sommes un seul être ayant de multiples corps. En commençant par deux. Seul, nous ne vivons pas. Nous sommes habités par notre mort. Ce qui nous oblige à nous mouvoir, partir en quête de vie. Il y a un motif essentiel à la création, l’expression, c’est d’ouvrir la porte*. On ne crée pas pour de l’argent, ou sous les ordres, les commandes, on œuvre par vocation. Comme un cri dans le désert, et entendre des échos, des réponses, des soutiens. De même que nous répondons aux cris que nous entendons, et soutenons les autres.
Tout cela est lien. Ce n’est pas identique au joug, au devoir imposé. Les hommes se sont arrogé par la suite ce pouvoir, cette volonté de persuader les innocents du bien fondé de la vérité transmise, et en ont tiré privilèges par la crainte, par la séduction et par la violence. Tout ceci fut pour le monde l’occasion d’une déchéance encore plus grande alors que cela aurait dû nous relever, nous relier, et nous ouvrir les portes.
Au lieu de cela, l’humanité se trouve prise au piège de sa demeure, aux multiples pièges et murs et cloisons, conceptuels, technologiquement impeccables, militaires, financiers, etc. La nature ne pouvant plus grand-chose pour nous, si nous ne lui rendons pas. Nous n’avons pas grand-chose à attendre des machines du pouvoir. Sauf ces condamnations. Exclusions, privations, excommunications, ce qui signifie clairement et uniquement te priver de possibilité de communiquer. De passer de l’un à deux, et à la vie multipliée.

Je sais, je radote.

*la porte n’ouvre pas sur la grotte, la grotte s’ouvre vers quelque cieux.

Une question d’adaptation Ad patres

Que cherchons-nous exactement dans le fil de cette existence ? Qui cherchons-nous si ce n’est pas nous-mêmes, que nous retrouvons dans le miroir de tous les visages, ou dans lesquels nous arrivons ou n’arrivons pas à trouver une proximité, une familiarité, une origine commune, des racines semblables. Certes, l’homme est Un. Nous ne pouvons avoir qu’une origine commune, en un lieu hors de la terre. La question serait de savoir s’y rendre, de connaître le chemin pour y retourner, en pouvant vivre, c’est à dire accomplir quelque chose ici bas, quelque chose de créateur, de nous-mêmes. Cela ne se peut pas dans n’importe quelle condition. Il faut des conditions favorables. Cela ne se peut dans un trop grand désordre. Qu’il soit désordre de cultures, ou d’origines ethniques, dans un sentiment d’étrangeté. Seul dans un pays étranger, tu restes un étranger, malgré tous tes efforts pour te fondre dans le groupe, il te renvoie l’image d’être un étranger. C’est une question de mentalité, d’histoire commune à ses ancêtres, et à leurs voyages sur terre, leurs luttes, leurs épreuves, leurs amours, ayant fondé leur mémoire et leur culture singulière, différente des autres. D’ailleurs, ces différences entre les hommes d’ici et de là bas, tiennent au sol, aux végétaux, au bestiaire, aux nourritures, aux climats, toutes ces conditions extérieures qui ont façonné nos visages et nos corps, ayant des apparences semblables. Reconnaître ses racines, ce n’est pas du racisme tel qu’on l’entend. Il faut savoir conserver aussi ses racines et sa mémoire, ce qui signifie savoir d’où on vient, non pas de façon absolue, parce que nous sommes des extra terrestres, des cosmopolites, mais conserver cela de façon relative, terrienne ou territoriale. Ne serait-ce que par souci de maintenir une existence terre à terre, et ses habitudes. On ne peut pas vivre dans un mouvement perpétuel, ou un brassage indéfini des coutumes, des mœurs étrangères, de mentalités très éloignées des nôtres. Prenez le piment. Nous pouvons en consommer mais nos corps ne sont pas adaptés à leur trop grande consommation. Idem pour les poissons et crustacés, ou les larves. Bref, si du jour au lendemain nous devions consommer des insectes, nous ne survivrions pas. Par déprime.

Or pensez donc que les hommes se consomment entre eux. Ils fusionnent et dans cette consommation fusionnelle ils engendrent leur suite existentielle, parfois bienheureuse, parfois non. C’est selon les harmonies présentes et volontés de bonheur. Mais dans un monde gangrené par des valeurs fausses, ou du chaos, eh bien, ce n’est pas gagné.

Adpater ou adapter, adopter, ( préfixe ad, comme dans adversaire, advenir, admirer, adorer, etc.) Demandez-vous si vous venez du Père ou si vous y allez… amusant.

Deux par deux

Si on ne sait pas pourquoi on vit
si on sait pour qui, on sait pourquoi.

Quels sont les objectifs des hommes ?
À la fin on saura si on y arrive.

Quand on est jeune, on se lance tête baissée
dans l’action, oui ou non ?

Quand on est jeune on est bardé
en principe de désirs, qui sont en fin.

Les mots, moteurs ou motifs, les desseins
se dessinent objectivement.

Une philosophie sans beauté,
autant ne rien en dire. Pas vrai ?

L’artiste sait
le savant très subjectif.

Il suffit d’un papillon

Il suffit d’un papillon pour te délivrer de la pierre qui t’enferme dans cette immobilité vide des morts. Tu te souviens de ce qui est animé de flamme douce et de sourire. Tu reprends espoir, simplement tu respires, tu ranimes ta mémoire, sans te retourner sur le passé défunt. Tu peux penser ton père ou ta mère, comme si tu étais né de cette fusion de leurs corps, ad nauseam jusqu’au premier de tes ancêtres, tu peux, mais tu n’y trouveras pas ton âme, tu n’y verras que la cohorte de leurs fantômes, c’est pourquoi il suffit d’un papillon. Il emporte ton âme sur ses ailes. Il t’invite à son voyage.

Que dis-tu alors de tout ce qui se trame dans ce basculement du monde ? Que penses-tu de toutes ces montagnes à soulever avec tes amis, tes frères, tes sœurs, eux aussi pris dans la tourmente des corps endoloris, écrasés sous le poids des pesantes pierres ?

Les âmes unies

Mon Dieu, mes amis, que faut-il pour ne pas succomber sous les coups répétés des mondes horribles, angoisse et insomnie, cave profonde sentiment de perdition, être enterré vivant dans une crypte. Que ma mémoire est faible, partielle, lacunaire, incomplète malgré les leçons magistrales. Composition de magie et d’astral. Où allons-nous ? Je n’ose plus penser à ces hommes de robe qui te font de la morale et sanctionnent tes pensées, tes croyances surtout, qui te mettent au pilori parce que ton vocabulaire et des plumes sur ta tête les offusquent, qui veulent t’enfoncer dans le crâne leurs carcans de verbes clos. Il y a chez ces gens là, au nom de la perfection, un goût d’enfermer et de torturer les âmes au lieu d’ouvrir et libérer, un plaisir sadique inconscient, qu’ils communiquent à tous les autres dans cette espèce de folie collective, de vengeance contre la condition humblement humaine. Celle qui sent la saucisse, le whisky ou la vodka, celle qui rit, sourit et pleure. Qui est bonne. De fait son jugement n’est jamais mauvais. Il vient du cœur, il est prescience des drames.

Alors, qui sont ceux qui fomentent dans ton dos des perspectives assassines de toutes ces imperfections humaines qui ne demandent qu’à vivre dans la joie simple des échanges et de la communion, sans plus. Sans devoir être cloué sur la croix, ou se briser la nuque sur des tapis de prière. Que ceux qui prétendent dicter les conduites soient en premier lieu exemplaires, conscients de leurs vices, correcteurs d’eux-mêmes exclusivement, c’est à dire de tout ce qui leur manque pour effectuer la jonction en vérité, effective entre eux et leur divinité, leur mère nourricière. Je ne vois nul mal chez un homme qui t’écoute. Il tient la corde de tes voiles, et de tes vérités, tout cela réciproquement. C’est là que s’opèrent les magies, les transfigurations heureuses en nos âmes, nous nous sentons moins perdus, désemparés devant l’atrocité des actes.

Si nous sommes exempts des noirceurs des pensées sournoises, que nous ne nous cachons pas derrière ces écrans du faux bien, ces mots sous des habits d’hypocrisie, quel mal peut nous arriver ? Ces maux que nous subissons sont toujours issus des passés, qui furent nos actes dans leurs présents, et dont nous n’avons plus mémoire. Comprendre par là qu’il n’y a nul oubli dans l’universel, que l’universel, ou dieu, ou la cohérence harmonieuse des choses, ne peut pas te laisser indéfiniment sans te rendre ce que tu lui a donné. Biens et maux sont toujours à leur prix. Si ce n’est pas ainsi, Dieu serait une réalité approximative, un comptable trafiquant d’armes, une entité suicidaire.

Or, non.

C’est par le haut que l’âme s’élève. Que les âmes humaines sans exceptions s’unissent et naissent ensemble.

Aux fous

Quand l’angoisse est là, tapie au creux du plexus, dans cette pièce marquée par l’absence, la voix éteinte, le silence de la tombe, j’essaie d’en saisir le signe inverse, le mort renversé en vie, les échos enfouis sous la terre profonde. Pourquoi le monde ne sait plus que c’est sa mort qu’il combat chaque matin, au lever du soleil laborieux. Tous les chants, les tambours et les fracas du monde, toutes ces agitations fébriles, ce sont nos vieilles peaux de mémoire défunte que nous exhumons, chacun à sa guise, selon sa chaîne et ses boulets de forçats. La mort la pesanteur, le plomb des passés remplis de nos ténèbres, nous avançons, nous nous rapprochons de façon inexorable vers le centre qui nous appelle. Ceci peut vous sembler absolument contradictoire. Cet appel à la vie éternelle, à la vie pleine et immortelle, exprimée partout sous des colorations si belles, si légères pleines des grâces, dans cette promesse du royaume retrouvé, ne devrait pas « en théorie » nous angoisser. Comment dénouer ce nœud ? Certains d’entre nous prennent un whisky, d’autres un chien pour se protéger des tourments si profonds, leurs guitares électriques amplifiées, pour crier leur amour ou leur détresse, d’autres des canons et armes et faire couler le sang, aggravant ainsi les affres et les malheurs, le poids terrible qui s’abattra sur eux. Il n’y a qu’un Chemin.

Le vois-tu ?

Hier en marchant, je me disais qu’il a fallu que ma vie soit assez longue pour améliorer mon vin. Je ne peux dans ce cas ne parler qu’en mon nom. Mauvais si ce vin tourne au vinaigre. Voyez, nous avons en nous cette morgue de tous nos morts, notre passé. Alors que le Vivant est devant nous, selon nos choix. La folie est d’aller vers nos morts. Pardonnez cette embrouille des mots.

Prédateur

La pointe d’un diamant, la plume acérée, la flèche qui transperce, la griffe du lion comme des rayons de soleil, doivent être la substance même de notre âme, cœur et volonté, conscience pénétrante, nue, dépouillée des haines, des ressentiments, des boues infectes mélangées des puanteurs grises, il n’y a rien d’autre à accomplir dans cette forteresse inviolable de ton corps. Tu tiens ces ciseaux comme celui qui sculpte le marbre ou le bois, le forgeron, le souffleur de verre, non, tu ne façonnes plus ces objets, c’est toi l’objet à forger au feu de toutes tes blessures. Voilà ton immortalité. Elle n’est pas hors de toi. Tu retrouves tous les êtres dans cette concentration de solitudes douloureuses. Il ne s’agit plus de croire non plus en cette résurrection vaine d’un homme dieu fût-il, qui n’eut jamais moyen de passer pour toi si toi tu ne passes pas le cercle de feu. Il ne fût et ne sera jamais qu’un guide, parole inflexible et vertical, phare au milieu des tempêtes, lumière arrivant jusqu’à toi, chassant les ombres leurs cortèges de fantômes, tous ces spectres qui hantent les existences malheureuses. Terrible si nous n’apprenons pas ce que veut dire la mort, ce que veut dire Dieu par ses anges, et ses larmes, jusqu’à ce que chacun d’entre nous dans sa prison de chair, se délivre et sache. Vois ce que disent aussi la patience, la prudence, la tempérance et l’étoile, toutes ces variations présentes des eaux calmes.
Mais les hommes s’acharnent avec leurs armes d’assassins, perdant leur humanité. Le prédateur n’a rien d’un tueur.

La vie vivante

C’est où la vie ? Je veux dire la vie vivante qui vient dans ta demeure, proche du tombeau ou de la caverne, habitée seulement de silence immobile. Où sont tes fauves et leurs chants qui t’inondent de leurs forces, de leurs mouvements impérieux qui s’adressent toujours à ton âme affaiblie, exsangue humanité, cérébrale et glacée. Regarde comme nous sommes en dehors de la vie. La proie idiote de concepts, de nombres, de calculs indécents, nous nous croyons rusés, alors que ce ne sont que nos malignités qui nous enferment, et nous affectent. L’angoisse est un signe. On redoute la mort, alors que la mort nous habite, dans tous les refoulements de la vie que nous amplifions de jour en jour, de rejet en rejet, de peurs, quand nous n’osons plus sortir pour chanter, crier ou danser, faire l’effort de marcher, ou cultiver les fleurs, les arbres et les jardins. Ce sont eux qui nous tiennent en vie parce qu’ils contiennent la vie en eux, comme une force instinctive ayant du sens. Le sens de l’amour pur. Identique au savoir.

Nous, nous pourrions avoir conscience, avoir de la science, et même être dans la science, en conscience, à condition de suivre ce que la terre ou la nature nous enseigne. Sinon, que sommes nous avec ces électrochocs qui se déroulent entre nos neurones ?

Ceci fait suite à la mort de notre gentille chatte, compagne fidèle et tendre, qui animait la maison. Avec ses poils, ses miaulements, ses gestes très amusants. Voilà, on sait que quelqu’un l’a empoisonné ou tué, on ne sait trop comment. Cela pose question, de nos rapports humains précisément qui engendrent des souffrances, et allons savoir pourquoi ?

Pour des faux besoins, les hommes répandent leurs poisons, tuant blaireaux, rats, oiseaux, et chats domestiques, chiens. Ne serions-nous qu’une espèce nuisible sur la terre ? Eh bien, nous ne faisons dans ce cas que nuire à nous-mêmes. Sans moyen pour en sortir et retrouver cette vie vivante.

 

Nocturne

Prends tu la mesure du bonheur quand tu le tiens, et que tu vis dans la douce heure, que tu respires et peux contempler les cieux, toute cette lumière offerte, l’offrande et la grâce. Tu es comme un chat qui ronronne, c’est bien. Préserver cela, ce sont les seuls joyaux. Oublier les enfers méchants, les cachots horribles, les tortures, non pas oublier mais que nul n’y soit soumis. Que cela soit effacé des existences, que nous en soyons délivrés, pour que notre âme se repose. Je sais que le tourbillon infâme ne vise que te précipiter dans son antre, te briser, pour que tu obéisses à ses maléfices et sa vengeance, une morsure infligée, tentation de te faire tomber dans ces souffrances et angoisses horribles. C’est le fruit des temps, des haines accumulées, des fantômes qui remontent. Ce n’est plus uniquement la chair qui souffre, c’est l’âme en entier. Et ce sont toutes les âmes du monde qui souffrent et sont sous le poids des terreurs. Chape de plomb. Alors dans ces moments déchirés, survis, et fais flamber ton cœur. Il y a des chaînes et des cordées, qui nous retiennent. Tu graviras la montagne, tu traverseras les mers, tu franchiras les murs, tu jailliras à la lumière.