Demeuré

Quelle existence de demeuré, au sens d’enfermé dans une demeure où l’on meurt. Ironie du verbe. Avoir voulu vivre et se trouver enfermé, chercher la vie saine ou bonne, la vie sainte, sacrée ou pure, innocente et sans mal, où le mal est présent mais léger face au bien et au bonheur, ce sentiment de vivre dans le flamboiement doux des amours, des voix, du mouvement calme des êtres animés, avec lesquels on échange.
Souvenez vous des temps anciens quand nous passions nos soirées dans des veillées et que chacun pouvait entendre le conteur, les enfants rire, les mères sourire et le grand-père ronfler près du feu. Bien peu de choses mais assez pour ne pas plonger. Nous sommes non pas des êtres grégaires, nous sommes un seul être ayant de multiples corps. En commençant par deux. Seul, nous ne vivons pas. Nous sommes habités par notre mort. Ce qui nous oblige à nous mouvoir, partir en quête de vie. Il y a un motif essentiel à la création, l’expression, c’est d’ouvrir la porte*. On ne crée pas pour de l’argent, ou sous les ordres, les commandes, on œuvre par vocation. Comme un cri dans le désert, et entendre des échos, des réponses, des soutiens. De même que nous répondons aux cris que nous entendons, et soutenons les autres.
Tout cela est lien. Ce n’est pas identique au joug, au devoir imposé. Les hommes se sont arrogé par la suite ce pouvoir, cette volonté de persuader les innocents du bien fondé de la vérité transmise, et en ont tiré privilèges par la crainte, par la séduction et par la violence. Tout ceci fut pour le monde l’occasion d’une déchéance encore plus grande alors que cela aurait dû nous relever, nous relier, et nous ouvrir les portes.
Au lieu de cela, l’humanité se trouve prise au piège de sa demeure, aux multiples pièges et murs et cloisons, conceptuels, technologiquement impeccables, militaires, financiers, etc. La nature ne pouvant plus grand-chose pour nous, si nous ne lui rendons pas. Nous n’avons pas grand-chose à attendre des machines du pouvoir. Sauf ces condamnations. Exclusions, privations, excommunications, ce qui signifie clairement et uniquement te priver de possibilité de communiquer. De passer de l’un à deux, et à la vie multipliée.

Je sais, je radote.

*la porte n’ouvre pas sur la grotte, la grotte s’ouvre vers quelque cieux.

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