Au nom des P7res

Nous sommes arrivés au bout d’un grand cycle. D’une nouvelle ère. Regardez derrière vous combien les histoires nous ont façonné et ont conçu la terre, les conditions terrestres, comme une impressionnante mécanique. Qu’en sera-t-il dans dix mille ans ? Il y a bien eu nettement plus de millénaires derrière nous, pour que nous en arrivions à ce point précis du temps. Temps très spécial, d’un Jeu ou d’une Naissance. Il serait venu le temps où la terre s’ouvre enfin vers l’univers. Qu’est-ce à dire ? Les anciens, les premiers hommes auraient-ils été naïfs au point d’ignorer de quoi il s’agit ? Univers intérieur et univers extérieur. Sentiment de la séparation de la partie et du tout. Absence de l’homme et de son âme, de cette unité qui lui fait défaut ?
Les temps historiques ne seraient que des répétitions d’événements fortuits n’ayant aucun sens précis ? Excepté celui que les hommes lui donnent, en voulant, en cherchant, en fabriquant et inventant toutes les formes d’objets et d’arts, puisant dans la matière les éléments de ces constructions, et pour que cela vive et soit pérenne, se conserve pour les siècles. Nous ne pouvons vivre sans idée, ou croyance, ou vision d’un futur, où nous nous projetons. Sans espérance. Et envie de vivre, et joie de vivre.
N’est pas pensable non plus ce fait là : Nous saurions tout de science sûre, dans une conscience impeccable de ce que nous sommes, en connaissance et sans l’ombre d’un oubli ou d’une défaillance. Nous serions alors en plein milieu des dieux et des anges, des créateurs et décideurs des choses et du bal, nous serions purs amours. Acteurs ou contemplateurs ? Nous aurions engendré un spectacle fascinant et jubilatoire de quoi ? De ce que nous aurions mis au monde ? De cette part de nous-mêmes qui n’est pas nous mêmes ? De cette création ou de cet engendrement ? Voyez comment les dieux opèrent. S’ils mettent au monde leurs enfants, c’est pourquoi ?
Et nous ici, dans ce contexte assez dramatique, que faisons de nos amours ? Pensez vous que dans ces situations horrifiques les pauvres gosses vont pouvoir se relever et revenir vers vous, les bras chargés des cadeaux et des trésors fabuleux qu’ils ont découvert dans ces univers éloignés ? Ces secrets fantastiques enfouis dans les limbes des univers lointains où vous avez voyagé il y a de cela des millénaires, et que vous avez envie de faire découvrir à votre progéniture adorée et adorable.

Nous ne pouvons décider de l’avenir. Rien n’est jamais joué. C’est l’avenir qui décide pour nous et nous appelle, nous rappelle plus exactement, avenir auquel nous répondons, en écho. Ou que nous refusons. Butés et fermés. Jusqu’à la fin de tous les temps et de tous les espaces, nos p7res joueront à cache-cache avec nous. De même que nos mères.
Ils ne peuvent pas se révéler à nous dans un pur et entier éclat de leur être, nous serions fracassés comme écrasés sous les laves et les tempêtes, écrasés des extases même. Nous serions tellement emportés que nous nous envolerions d’un coup sans retour possible dans nos corps. Nous serions nés trop tôt, prématurés. Il n’est pas question non plus de s’attarder indéfiniment dans le ventre de notre Mère, cela la rendrait malade, désolée. Allez donc savoir pourquoi…
Mais tout de même, songez qu’au point où nous sommes, nous avons littéralement effectué la nette séparation d’avec nos origines et nos géniteurs, il n’y a plus de dieu. Nous n’avons plus de dieu devant notre face. Tous les dieux futurs sont ici sur cette terre (et peut-être sur d’autres, mais on s’en fiche des autres inconnus) et nous sommes donc ces dieux, dieux futurs créateurs de nous et des milieux. De nos conditions, du mouvement vers la gauche ou vers la droite, des déséquilibres et équilibres qui nous animent, et nous satisfont.
Ainsi donc nous progressons, nous évoluons ayant marché au bord des gouffres.
Cela vous convient-il comme futur espérant ?

N’empêche qu’il serait largement temps d’envisager un futur libre, moins contraignant que ce présent maladif. Cela suppose tellement de rénovation et de révolution dans nos consciences, que ceci ne peut se faire sans tout le monde, même si à la base, c’est le fait d’un seul parmi nous, le fait de ses mots et pensées qui firent une étincelle dans nos esprits. Ce fait là, c’est le fait intime par excellence du lien intime et inviolable de votre âme dialoguant avec votre âme.

une petite promenade n’a jamais fait de mal.

Un truc sur la vengeance, le pardon, sur l’enfer. Sur le bien que peut faire un séjour en enfer pour le rachat des âmes perdues livrées à elles-mêmes, à leurs instincts de leurs haines incomprises. Quant à ceux qui instrumentalisent ces gens, ces assassins parcourant la planète, ce sera double peine. Se tenir face à ces ignominies comme si nous étions des pierres, sans amour, ni haine, non. Prier pour que cela se fasse sans que nul n’accomplisse ces sales besognes. Prier les hommes pour qu’ils ne succombent pas à ces tentations maudites.

***

La gauche, la droite, les partis, tout cela ne veut plus rien dire, si cela a pu signifier quelque chose un jour. Ce sont des crispations, des fixations sur des idées d’administration sans idée du réel humain subjectif, c’est fondé sur l’ignorance, sur pratiquement rien que des mots, qui ont la prétention de changer les choses et les hommes. Tout cela est obscurantisme. Ce sont des carcans juridiques, qui se matérialisent en faisant des murs, en enfermant les gens, en séparant les classes et les savoirs respectifs sans échanges profitables à tous. En créant des abîmes entre nous, des pauvres dans le dénuement extrême et des riches ne sachant plus que faire de leurs fortunes. Certains étant accablés de travail et d’autres accablés de plaisirs écœurants. Mais tout devient vide, si le sens est perdu, le chemin fermé. Si la personne, ou l’individu n’a pas les moyens de sa liberté, de sa connaissance. Les partis politiques fonctionnent comme des sectes. Les religions ne faisant également que de la politique pour imposer leurs vues, leurs aveuglement plutôt, malgré ces bribes de pouvoirs spirituels et langagiers qui leur confèrent une apparence d’autorité. En fait d’autorité il s’agit plus d’adhérents qui font masse, et attribuent de la puissance à ces groupes en lutte. C’est construit sur le même schéma de la division en clans, en histoires qui se défendent, et s’entre tuent.

L’enfer est donc assez proche.

Ceux qui par exemple nous envoient en enfer éternel oublient que si l’enfer est éternel, alors l’Éternel est Enfer, l’un n’étant deux. L’univers ne peut être divisé en deux dans une guerre absolue, sans que l’un ne l’emporte sur l’autre. Si c’est l’enfer qui l’emporte, l’enfer finira par se suicider dans son enfer, dans les profondeurs de sa souffrance infinie qu’il s’inflige, et inflige partout dans son unité existentielle. ( dire le mal à la place de l’enfer, cela revient au même)

Le mal est une impasse absolue du non sens. Mais il existe, il y a du mal, que le « bien » comprend ou essaie de comprendre, contrairement au « mal » qui lui ne comprend pas pourquoi il a « mal » et est « mal ».

Celui qui est « mal » rejette son mal partout où il peut pour s’en délivrer. C’est une sorte de descente aux enfers pour tout le monde.

Celui qui fait mal fait son enfer. Explication : faisant mal, il génère des souffrances qui ne peuvent être gardées par celui qui subit, par les victimes innocentes, où alors cette victime aimerait avoir mal et y trouverait du bien et du bonheur à souffrir, cela suppose un degré de masochisme, de plaisir dans la souffrance, très étrange et très incongrue. Non, celui qui subit des maux rejette ces maux qui reviennent toujours à celui qui en est la cause. Progressivement on tombe sur la cause initiale qui relève du ou des dieux, des créateurs ou facteurs de ces univers, dieu ou la nature. C’est pourquoi la nature encaisse tout, tous les maux humains. Mais comme elle ne peut garder ces maux, elle nous les renvoie, et nous continuons à souffrir sans savoir pourquoi, prisonniers dans nos maux. Rien n’est gratuit si la nature semble encaisser pour rien et subit en silence.

En résumé, le mal est en premier lieu le nôtre, dans un jeu des deux, du bien et du mal. Nul ne peut nous en accuser sans savoir. C’est le sens du jugement dernier. Seul le « bien » absolu sait notre bien. Et nos maux par lesquels nous avons dû passer pour trouver notre bien, pour nous retrouver « bien ».

Bref, le mal est fait pour cela. Pour qu’en nous s’opère cette conscience élevée et transcendante, de l’unité supérieure aux biens du monde.

Venant dans ce monde, il est impensable qu’il soit bien sans mal, ou mal sans bien, il est les deux, nous en apprenons tout, nous faisons nos choix, nous y trouvons nos châtiments ou nos récompenses, nos souffrances ou cette extase ou cet émerveillement.

Rien n’est gratuit. Nous payons toujours le prix qu’il faut pour nous délivrer de nos fautes, de nos erreurs ou de notre mauvaise volonté, de cet esprit de fermeture que nombre d’entre nous veulent imposer aux autres en vertu d’un « bien exclusif », un mal donc. Une séparation les uns des autres, des clans, des sectes, des partis. Par exclusion.

Tout fut faussé … par les mots. Et les faux actes, les faux semblants, les maux que vous avez reçus au nom du « bien ».

Tout cela, fit tellement de morts, que c’est difficile à racheter.

Enfin, qui seul peut nous racheter, je demande.

Sat comme satellite

J’ai vu la terre comme un œuf rempli de destins
laissant ici pour toujours nos os et notre sang
nos habits de pourpre nos misères
Nous nous disperserons vers ces confins des univers inconnus,
légers allant au lieux où nos cœurs battent
séparés distants des ombres des sinistres
tombes de métal et de béton
ces flux horaires ces électrons
trains arrêtés des morts pétrifiés
sans fusée ni tuyau
nous passerons la porte du soleil
en pénétrant les profondeurs
de son esprit oiseau migrateur
des yeux doux des chiens
du rire des dauphins
des vagues sur cet océan
qui sera notre corps
vivant

mais avant
il faut que tu saches
Dieu n’est plus
concept vidé de son sens
usurpé de sa voix
par la bouche grimaçante
de tous les Satan menteurs
hypocrites ignorants docteurs
administrateurs du néant
assassins ricanant des malheurs
voleurs vêtus de tous les genres
profiteurs gloutons gras
tombés dans la fange
de leurs mots englués
de crachats.

Laisse ça.
Détourne toi du bas.
Reprend toi.

Ange ou démon

C’est terrible, tout ceci, si c’est terminé. N’aurions-nous jamais moyen d’échapper, ou de trouver notre rachat, de rester démon à jamais ? non, ce n’est pas possible, il doit y avoir, il faut qu’il y ait une issue, une épuration de tous ces maux engendrés. Certes, nous en paierons le prix. Nous avons une dette impossible à faire porter à autrui. L’innocence, la faute, tout cela est à nous, et chacun en a sa part, d’ange et de démon. Celui-ci, cette inconscience au fond de son trou noir, ne sait pas qu’il sert l’ange, ou dieu même par ses anges, il ne sait pas non plus qu’au lieu de laisser Dieu opérer il aggrave sa condition, son mal au fond de sa nuit, dans cette vengeance humaine, au lieu du pardon. Parce qu’il n’y a que Dieu* qui puisse juger. Et comment dire, faire que nous nous jugions nous-mêmes en vérité. La justice divine, la carte 8 du tarot, est inflexible,comme son épée. Nous, dans nos jugements et sanctions, ne pouvons pas savoir, de façon absolue si dans le châtiment nous ne commettons pas du mal à notre tour. Comment faire donc, si ce n’est de voir en soi, le mal profond qui nous mine, abyssal ? là, tout s’éclaire.

***

Quel est donc cet Amour de la guerre, cette envie de tuer et se venger ? Cela remonte aux origines, il n’y a pas d’autre cause. Nous avons dû mourir quelque part pour venir dans ce corps. D’ange devenir chair mortelle et souffrante, en proie à toutes ces choses sombres mêlées de plaisirs, de déceptions, d’espoirs trompés, d’amertumes, corps ambigus, mélangés, troublés, malheureux. Tombés dans le mal. Bêtises, méchancetés, haines, et amours, quelle purée dans nos têtes, nos mots et nos pensées, nos sentiments contradictoires. Et que dire du Monde entier dans sa folie collective qui nous happe et nous fait succomber.

***

Et puis, il y a celui qui se croit innocent, mais qui n’est que le pion d’un égrégore fantôme du Pur, se sent investi de la mission de rendre justice, des maux patents du monde, sans en connaître le moindre ressort initial, comme un médecin ignorant impose ses poisons et génère d’autres maux.

On n’en sortira pas, avec ces bagages pesants du passé. On en sortira que par le feu. tout comme il y eut des déluges, mêmes mythiques, symboliques forts pour notre esprit, ayant besoin de cela, comme de l’eau.

Ignorez-vous que Jésus baptisait par le feu du Saint Esprit ? Ce feu n’était pas pour faire mal.  » On ne baptise pas pour faire mal. »

Il ne s’agit pas d’un Feu nucléaire.

Nous, ce qui est possible pour nous, exclusivement c’est de pardonner aux autres des fautes humaines, pour nous délivrer déjà de ce poids et ne pas en rajouter en pensant faire Bien.

Notre faute essentielle, personnelle, n’est pas pardonnable. C’est notre face à face avec notre ange, si vous voulez. Ou le rachat de notre âme.

Si vous comprenez cela, vous verrez que les fautes humaines ne valent pas damnation éternelle.

*

La Cité

Cela fait toujours un choc de venir dans la Cité. Voir ces flux d’automobiles, ces files, de lampes rouges ou blanches, cette débauche d’ampoules sortant des immeubles dont on ne voit pas le bout, ces reflets sur le bitume qui amplifient les éclairages, et laissent l’impression d’un organisme vivant, dans lequel il est très délicat de pouvoir se mouvoir sans se heurter, passer au vert, stopper au rouge, et trouver sa voie dans la nuit pluvieuse au bord du chaos. Et partout, sur toute le terre c’est le même spectacle urbain. je me demandais comment cela pouvait tenir, je songeais qu’il y a des gens qui essaient d’organiser l’ordre dans cet ensemble, où chaque individu n’a d’autre choix que se plier à la loi du corps sans tête.  

Ou alors ce corps aurait des milliards de libre arbitre ? Cela m’étonnerait. Comment donc cet ensemble arrive-t-il à tenir, cela me semble relever d’une énigme. Par quel subterfuge les hommes en arrivent à un degré de soumission à ce monde là ? Tenus par l’argent, ou par la force des répressions, par une certaine morale diffusée depuis des millénaires, progressivement.  Il a bien fallu que le barbare se plie aux lois de la cité, que le sauvage se civilise, c’est à dire fasse abstraction de ses instincts pour pouvoir supporter cette vie factice, et ce vide, ayant l’apparence d’un monde merveilleux, lumineux, chaleureux et confortable. Quel prix les hommes paient pour pouvoir y subsister, que doivent-ils endurer tous les jours dans leurs labeurs, dans les efforts pour subir le stress, les humiliations des tâches répétitives insensées, des poubelles qu’on vide, des murs qu’on effondre et de ceux qu’on remonte inlassablement, les hommes comme des Sisyphe en nombre. Perdant leur temps et puis tombant inertes devant leurs postes de télévisions et des clowns minables qui y paradent et diffusent leurs messages douteux, leurs promesses trompeuses et leur ruse. Ce monde nouveau calqué sur les élevages intensifs et concentrationnaires, sur l’agglomérat des cellules obéissantes au corps, cellules ayant chacune leur fonction, comme les fourmis ou les ouvrières des ruches, ou même sur un arbre, ce monde, par quoi est-il inspiré ?

Le saura-t-on quand il sera expiré ?

Sait-on mieux ce que fut notre présent une fois que celui-ci est passé ? c’est tout de même assez étrange que nous ignorions ce présent et que nous découvririons ce qu’il fut dans son essence une fois mort.

La conscience, voilà ce qui nous fait défaut. C’est, cela ne peut être qu’une Présence. Avec tout ce que cela suppose comme extension dans tous les sens.

Bien, mais à partir de quel Lieu ? Est-ce la sphère des idées pures platoniciennes ? ou ce royaume des anges ou des dieux, comme d’une Cité quelque part dans les cieux et qu’on cherche à regagner ?

Toc toc

Qui est là ?

Pourquoi tout part en vrille ?

C’est plus simple qu’il n’y paraît.

Avant, il y avait peu de mélanges au niveau des informations, moins de confusions, il y avait en chaque lieu des gens plus ou moins sages qu’on pouvait écouter et dont on pouvait suivre les enseignements, ou les conseils. Ça allait, tant bien que mal, et la nature compensait, nous prévenait du pire. 

Maintenant c’est le grand vide et la confusion, la saturation paradoxale de ce vide, du non sens, que chacun croit pouvoir combler avec ces propres connaissances ou des montagnes d’objets, de techniques ou d’outils, comme si cela pouvait résoudre les questions essentielles, métaphysiques, existentielles, ou régler la folie.

Quelle perte de lien ! mais cela a un sens, c’est de nous remettre les compteurs à zéros, de même que les conteurs. et la mémoire, qui ne saurait se trouver inscrite nulle part dans aucun disque dur.

Nous allons devoir faire face à cette béance, qui ne ressemble pas tout à fait à une béatitude.

L’illusion du bonheur, ou le pourquoi de la liberté


Il n’est pas possible de retrouver en nous cette dimension de l’esprit, si nous devions nous tenir aux condition fixées par des hommes, aussi acceptables soient-elle en apparence, selon des plans et des visées strictement matérielles, confortables ou sécurisantes, nous passerions à côté du champ de toutes les expériences, nécessaires à la vie, autant en bien qu’en mal, en peines ou en joies. Nous serions incapables de faire naître en nous la sensibilité et par conséquent la lucidité avec ses émotions. En quelque sorte nous serions perdus dans la platitude insignifiante des non-événements, ignorant des sommets et des profondeurs, animaux satisfaits dans leurs étables satisfaits de leur pitance. Bref, des entités strictement terriennes et rien que cela.
Nulle divinité ne pourrait plus habiter les hommes, séparé à jamais de cet état de l’être, de ses origines, et de son esprit.
Celui-ci, le royaume, le lieu où l’homme est censé régner ne pouvant qu’être extérieur à cette existence, aux choses manifestées visibles et invisibles, ou dans la profondeur de sa psyché et de sa mémoire, c’est à dire hors des limites strictes de l’existant, nous serions retenus dans ces limites sans moyens pour pouvoir redécouvrir ce divin en nous.
Sans cette liberté causant du bien et du mal, et nous mettant face à des choix, face à nous -mêmes en quelque sorte, rien ne peut susciter une prise de conscience ou un éveil.
Nous serions prisonniers de l’illusion du bonheur, mais cet état ne saurait être qu’un vrai malheur.

Je songe à l’âme. L’âme n’est pas dans le corps. Il faut au corps ce vécu pour rejoindre son âme. Ce vécu ne peut pas être canalisé, tout comme un fleuve pour être vivant ne peut l’être.

Ça tombe tout seul

Nous voudrions savoir ce qui se passe. À quoi rime tout cela ? Nous nous interrogeons. Cela nous paraît très maléfique. Insoluble piège. Voie sans issue. Nous ne sommes plus rien. Réduits à n’être que des numéros dans un ensemble de données qui composent la carte, la géographie, la table des opérations et des mouvements inscrits sur des tableaux informatisés, scannés en une multitude de feuillets superposés, les hommes n’ont plus d’existence propre, ils sont sujets d’un plan, d’un modèle en cours d’élaboration sous leurs yeux, contributeurs volontaires d’un projet non défini, n’ayant pas de sens défini, excepté cette impression de pouvoir y vivre. À la différence des premiers hommes naïfs jetés dans la nature sauvage, qui n’avaient que leur imaginaire pour restituer les modèles existentiels, puiser par les mythes tout le mystère, ainsi que ce sentiment d’exister et de pouvoir jouer dans le monde, et donc d’y vivre pleinement, fusionné ou en osmose avec la totalité perceptible, il est possible de dire qu’il vivaient vraiment sous l’autorité de la nature ou de ce qui l’a produite. Les hommes vivaient par la tribu, la terre, la nature, le sacré en face d’eux.

Ici, désormais, dans ce nouveau monde, il n’y a plus rien de tout cela. Il n’y a plus que des théories et des concepts, donnant lieu à des idéologies et des systèmes dans lesquels nous devons nous mouler et nous conformer pour pouvoir y subsister sans trop de dégâts, et si nous nous y plions pas en récusant leurs principes, nous sommes exclus du jeu. Ce n’est plus la nature qui dicte le jeu mais une sorte de machine implacable, et sans pitié. D’une nature « bonne »nous sommes passés à une nature mauvaise, une machine infernale. D’une lumineuse nous sommes passés dans une ténébreuse. D’une nature paisible à une machine de guerre contre nature.
Malgré tout cela les hommes continuent, ils complexifient leurs lois, ils améliorent les systèmes et affinent leurs techniques, économiques, marchandes, séduisantes, hypnotisant les foules, contraignant en privant ou récompensant. Du plus riche au plus pauvre, ils servent cette machine inhumaine. Insensée. Ce qui fait qu’il n’y a plus personne sur terre. Plus personne pour pouvoir dire « moi» et conserver son « moi » inviolable. Tous les sujets étant dissous dans une insignifiance globale, mondiale, qui passe pour transcendante, mais est une inversion de la vérité, ou sa preuve par le manque, ou par l’absurde.

Il existe une nécessité faisant loi. C’est de devoir se conformer à quelque chose, à un « plan », ou un modèle sur lequel nous calquons nos modes de vie. À des archétypes ? C’est le fondement de l’esprit religieux. Source de nombreux conflits. Jésus ne t’a jamais demandé de vivre comme lui, il t’a juste demandé de chercher ta loi, de la vivre, ce qui ne peut être que juste si la loi est juste.

Plus simple tout de même que toutes ces modélisations qui nous tombent du Ciel pire que la foudre de Jupiter.

Carnaval tragique

L’art de cacher la vérité derrière des mots vrais. Faire semblant d’énoncer des vérités sans en révéler le contenu, la pensée contenue dans les propos. Ruse ou piège grossier…

Un mot me revient, lu quelque part : Accompli.
Un homme accomplit dieu, il n’est pas spécialement dieu dans sa personne, celle-ci reste humaine, mais il accomplit dieu dans le monde. Dieu vient dans le monde par lui, descend dans le monde par son truchement. Il se peut très bien qu’un nombre conséquent d’humains accomplissent ces missions là. Partout sur toute la terre, celle-ci se métamorphose, le monde s’ouvre alors à ces dimensions oubliées. Comme aux origines.

Dans ces conditions nouvelles, on peut parler de liberté. Ce n’est plus cette capacité à faire selon ses caprices, c’est juste obéir à quelque chose de bien, bien évident qui s’impose sans que personne ne vienne en dicter les conditions. Tout comme l’air qu’on inspire.
Là, il devient inutile de parler de dieu, par exemple, ou d’autre chose qui nous manquerait. On vit selon sa loi, on n’a personne à convertir, personne à punir. C’est comme une musique qu’on entend, et que nous n’aurions plus qu’à transcrire, ou chanter, spontanément, sans avoir quelque chose à cacher.
Nous n’aurions plus aucune honte de ce que nous sommes. Nous n’aurions plus besoin de conquérir des espaces vierges. Nous serions en phase avec la beauté du monde.
S’il en est ainsi, on peut alors parler de progrès. Par opposition à tout ce que nous vivons qui n’est que déchéance, dégradation des hommes enfermés dans leurs corps, et souillure de la terre devenue horrible. Les incendies, les inondations, les cataclysmes, les accidents nucléaires, les épidémies, tout cela est là pour nous rappeler à l‘ordre. Non pas cet ordre des hommes, mais exclusivement celui des dieux que nous sommes.

La belle monstre

C’est une terre si minuscule et si grande à la fois, le lieu où se jouent bien des choses, à notre insu. Ce n’est pas pour nous perdre que nous sommes plongés dans cette ignorance, bien au contraire, c’est pour que nous en tirions toutes les leçons, allant dans tous les sens. C’est donc une lutte, toute bête. Une escrime. Chaque nation se croyant investie de l’épée du Verbe, élue, en mission divine et civilisatrice, phare des mondes ténébreux. Ce qui est vrai dans un sens, c’est à dire que chaque nation formée à son école porte des fruits bons, mais d’autres empoisonnés.
Tout ceci, très général ne nous renseigne guère sur le résultat final. Si c’est cette fin qui nous touche au plus près. Mettons que toutes les destructions auxquelles on assiste nous conduisent au bonheur suprême, au moins cela aura servi. Ce ne serait pas plus grave que des hyènes ou des vautours rongeant un cadavre, mais qui ont cet avantage de pouvoir survivre. La terre ravagée donnerait son corps et son sang, et nous serions vivants ? Rien n’est moins sûr. Nous ne sommes vivants qu’en fonction de ce que nous rendons au vivant. Et qui en retour nous donne sa vie.

Je ne vois pas trace de cela dans ces événements si troubles. Je ne vois, et je ne suis pas le seul, que des fortunes qui jouent au casino et se font la guerre sur des malheurs, et des morts. Des prédations partout sans fertiliser la terre, et les hommes. Ainsi l’ humanité en lutte mondiale se croit maîtresse du Jeu, mais elle n’est pour l’heure que la proie souffrant pour rien, elle se mange elle-même comme un cancer. Cellule monstrueuse et suicidaire de son support.
Nous aurons du mal à dire que cette monstre est belle. Non, notre mort en aucun lieu n’est belle.