Ce matin, rien

Trois fois rien
Tricher très cher

Entre nous les mots
vont dans quel sens

Nous relient
Nous divisent

La parole née
pour combler la faille

Passe de l’un à l’autre
ou voile

Tricher lever le voile
légèrement voir doucement

Avec le bon œil
La bonne oreille

Chut, il dort…

(doigt sur la bouche)

De la légèreté de la plume

Légère la plume
élève l’âme
au lieu où tu renais.

Seule elle sait
de ses doigts fins
tracer sur ton corps
les lignes heureuses
l’accord parfait
du jour et de la nuit
sa respiration.

Nous avons été chahuté
sur les vagues d’effroi
plus que de raison
nous avons pris
nous avons rejeté
bercés entre les erreurs
les vérités
les zones d’ombres
et les fulgurantes
lumières
comme entre les rochers divers,
les doutes, les certitudes
la beauté les laideurs
les bruits et le silence.

nous avons honoré Dionysos
dans nos rires et nos colères feintes
et soulevé les masques de nos faces amusées.

l’aventure humaine inépuisable
telle la coupe débordante
Du Graal.

Que c’est drôle quand tous les temps se rejoignent
à la croisée des mémoires, on dirait un grand livre
écrit par une plume légère.

Saint Denis

Du même nom que le saint, notre ami nous a quitté. Chercheur de vérité et de joie, homme de foi et d’amour, la voie doit s’ouvrir devant toi. Pas d’inquiétude.

Nous sommes moins sereins pour ceux qui restent. Cela ne doit pas nous miner, nous ronger d’angoisse, nous paralyser, nous empêcher de vivre. Voyez tous les grands auteurs, toutes leurs sciences, l’ensemble des questions et des réponses, nous poussant à penser, à nous remettre sans arrêt à l’ouvrage. Parce qu’en nous se joue quelque chose d’essentiel, d’humain et de divin. Les paroles sont comme le fleuve qui nous emporte. En ce sens, elles doivent être pures comme l’eau de la source, et ne pas troubler notre jugement. Elles sont pures si elles sont en accord avec nos actes, et nos pensées.

Je songe ici à la sainteté, le fond et la nature réelle des choses et des êtres, l’accomplissement de toutes nos destinées.

 

 

Cher Géant

« Cher géant si tu t’es cru plus grand que moi, c’est que tu étais grimpé sur mes épaules. » Je ne sais qui a prononcé ces mots, mais ils s’accordent parfaitement à tous ces cavaliers sur leurs montures animales qui leur cèdent leurs échines, créatures soumises et silencieuses, peinant pour les pauvres êtres que nous sommes, depuis tellement de siècles. Est-ce que nous leur rendons l’hommage qui leur est dû ? Hommage d’homme à homme. Prenons-nous la grandeur de l’animal, de son âme exactement, ou des âmes qui habitent ces corps courageux, peinant pour nous, offerts pour nous, pour que sur cette terre rude nous puissions vivre ? Ils sont comme des anges, êtres d’amour et de courage, chevaux, yacks, rennes, dromadaires, chameaux, éléphants, et puis toutes celles qui donnent leur lait.

Il faut croire que les hommes ont une mission divine à accomplir pour que ces êtres nous furent donnés. Ce n’est pas un dû, c’est un moyen, probablement le meilleur, de tous les temps, pour nous assister dans nos efforts, nous qui sommes dotés de toutes les faiblesses. Qu’avons-nous fait d’eux ? n’avons nous pas abusé ? comme si ce n’était que du pétrole, du gaz, des masses machinales, consommables et jetables.

Ils sont où ceux qui voient la main de Dieu dans la Nature et qui vivent sous la voûte céleste comme dans leur demeure, comme signe d’une promesse. Selon ce critère ils répugnent à faire souffrir.

Et puis, il y a bien d’autres vertus et dons qui se trouvent chez ces gens humblement vivants. Est-ce que cela suffira à stopper les Nains qui se prennent pour des Géants ?

Debout, comme un microbe, un virus, nous nous pensons maître de la Terre. D’où ce renversement des échelles qui s’impose à notre esprit.

Les promesses trompeuses des faux

Les promesses politiciennes comme des sucres d’orge à la foire au bonheur, tous les matins tu te réveilles et autour de toi ce ne sont que des fées, des muses, des chansons douces, le chien qui t’accueille et te fait la fête. Tu es simplement vivant dans la joie, tu n’allumes plus aucune radio menteuse, déprimante, oppressive source d’angoisses, questions absurdes, peuples enchaînés à leurs billets de loterie, comateux des alcools, regagnant la cellule de l’ esclavage quotidien, dans la foule des bouchons fleuves d’aciers dans lesquels tous se fondent mimétiquement et s’oublient. Exécutant les ordres, robots dociles, espérant que samedi vienne vite, qu’on puisse crier et boire, désirer et rire de toutes nos forces, le bal continue. Où est la liberté, où sont le bonheur et la vérité dans tout ça ? Où sont nos enfances, ayant ce sentiment simple du bonheur des présences aimantes et protectrices, quand nous étions entourés de tendresse, et légers. Pourquoi ne sommes nous pas en vacances perpétuelles, et que ne s’offrent à nous que des chaînes de production, de labeurs, de devoirs, retenus à nos postes, pour répondre à quel futur, quel espoir ? Comme tout cela sonne faux, tu sais.

Je songe au sens du jeu, ce faux qui se trame entre nous, ces relations de maître et d’esclave, ces volonté de domination, être un roi une reine entourée de sa cohorte de courtisans. Princes dictant ses ordres, comme seigneur des univers inférieurs. Les hommes, la nature n’étant entre ces mains là qu’une masse, une matière comme pour le musicien une discipline à dompter, le dessinateur une feuille blanche, sur laquelle il décide de former ses harmonies. Comme ça doit être bizarre de se sentir investi de pouvoir sur d’autres hommes, obéissants, serviles, de mater violemment les rebelles, les opposants. Les puissants doivent se sentir comme des dieux dans leur olympe.

Il faut surmonter notre dégoût, devant ce spectacle de désolation ou de ruine, des machines envahissant les espaces vierges, des saccages orchestrés enlaidissant tout ce qu’ils touchent : les corps rendus difformes, les bêtes en cage, les montagnes mises à nu, Ils n’ont rien compris, ni rien cru, attachés leurs valeurs et leurs spéculations financières.

Cela vaut-il la peine de le dire ? Pendant que des gens souffrent et renoncent à lutter. Si nous savions tout ce que nous avons perdu, tout ce qui n’est jamais dit des vérités divines, des dons, des pouvoirs bons, des grâces possibles venues du royaume, de ces lieux de spiritualité, et des sources d’amour créateur qui à la longue s’éteignent en nous si nous devons nous plier à toutes ces faussetés. Nous en mourrions vraiment.

Si vous devez prier

Je vous en prie, priez ces dieux du futur et non ceux du passé, priez ces messagers qui viendront plus que ceux qui sont passés. Les porteurs de message sont comme des porteurs d’eau revenant de la source fraîche et nouvelle, descendant de la montagne. Toutes les autres eaux ont été corrompues, chargées des immondices de nos mortes pensées. L’alchimiste dirait, elles sont plombées.

L’oubli de l’ange

Nous sommes si bêtes, c’est affligeant. Pas vraiment méchants, ni vraiment bons. Nous nous traînons dans la boue depuis si longtemps, esclaves dans nos chairs affamées nous frappant d’imbécilités, et de stupeurs à notre réveil. Le soleil a disparu. On n’entend plus sa voix. Non, ce n’est pas une plaisanterie, on le cherche alors comme des vermisseaux dans la fange, dans ces sous-mondes. Nos mémoires défaillantes, quelle régression. Comme si nous pouvions retrouver ce que nous fumes en nous retournant vers ces lieux bas. Bêtises. Oubli de l’ange radieux, l’ange lumineux, transcendant. Il n’y a ici aucun jugement, mais un constat. Tombés dans un piège, ayant perdu toute maîtrise, et connaissance. Ces conditions gravées dans nos chairs, ont formé nos langages et notre intellect, les normes dans lesquelles nous sommes tenus de subsister et d’y obéir. Nous subissons la marche du monde dans ce temps imposé. Nous avons perdu l’Ange, l’Esprit de l’Ange.

***

Pourtant, il est à vos côtés, tout près, discret.

Quand l’ange se venge

Quand l’ange
se venge

Ce n’est pas qu’une rime
ce qui fut un crime

lequel, mon dieu ?

Il me faut reprendre le fil
au lieu où je l’ai brisé

On ne doit qu’à soi
ces ruptures ces folies
les maux infligés aux anges
la main de dieu qu’on mord
alors qu’il protège.

L’innocent accusé des fautes
le doux humilié et blessé

L’amour qui pleure
son amour perdu

Sa vie

Coup de blues

Il n’y a aucune raison objective à l’angoisse, elle est là, elle te saisit, cela n’a pas grand-chose à voir avec la peur ou les menaces extérieures, non plus de rapport avec la mort ou la maladie, avec ce qui est matériel, douleur liée à cette existence. Non, cela vient de très loin, des profondeurs obscures. Il s’agit de Psyché, désormais interdite. Nul ne peux vivre sans elle, sans son double, sa voix secrète, sa lumière. Là où nous existons, en cet instant présent, c’est exclusivement corps récepteur, corps inspiré, réanimé par l’esprit qui est le nôtre, dès lors qu’on entend son signe. De cela, il y a des effets, des actes, des mots, du relatif dans ce monde. Ça vit ou ça ne vit pas. C’est heureux ou malheureux. Joie ou souffrance. Chacun persuadé de ses raisons, de ses lumières, tout va cahin-caha, tout va clopinant. On trébuche, on se relève, on tombe à nouveau. On frôle la folie, ou bien on y sombre. Il est délicat d’affirmer que le fou atteint le royaume en bon état. Encore plus difficile si nous sommes quelques milliards de fous. Et que nulle voix ne perce, et ne disperse les nuages noirs à l’horizon. Nous ne trouvons dans les écrits, que des échos affaiblis de ceux qui eurent la chance de percevoir ces lumières, cette pierre philosophale imprégnée de son feu, en en restituant quelques images plus ou moins exactes, des outils en somme afin que ces lumières apparaissent en nous-mêmes, faisant leur œuvre, et nous soumettant ses épreuves.
Malgré tout, il y a une dimension tragi-comique dans nos existences. Il faut les deux faces. Question d’équilibre. Que serait Saturne sans la Lune ?