Nadja

On peut orienter sa vie, selon sa volonté. Ça dépend de ce qu’on entend par là. On parle d’amour, on loue l’amour comme vertu cardinale. Mais aime -t-on volontairement ? On dit « c’est plus fort que moi », dans la répulsion ou dans l’attachement irrépressible. Comme si nous n’avions nulle prise sur nos affects, nul moyen de les orienter. Nous serions alors bien fragiles dans la tempête. La volonté, ça se veut, comme un vœu, une prière, adressé à soi-même. Il ne s’agit pas de plier l’autre à sa volonté, parce que là nous outrepasserions nos droits. Tout ça pour dire quoi ? pour questionner aussi la nature de l’amour, entre autres choses. (si l’amour est une chose)

Malgré cela ou à cause de cela, la vie est étrange. Comme si nous étions étrangers à la vie, et que nous devions aller quelque part. Et que, pour cela, il existe plusieurs voies, très dissemblables. La folie, par exemple, dans laquelle nous pourrions succomber, nous enseigne. Tout comme la sagesse peut également nous aveugler.

Ceci dit, on n’est pas obligé d’aimer, tout le monde, tout le temps, indifféremment. On aime aussi parce qu’on a choisi, et puis fait croître l’amour, en dépit de nombreuses folies.

Faut que je relise Nadja.

Nu

Retour à la case départ, tu te vois nu, effondré, dépouillé de tes habits de lumière, désarmé et désemparé face aux rochers. Face à la mer le vide t’attire, suicide par amertume. Comme si tu pouvais retrouver ta couronne, ton aura en mourant. Comment peux-tu croire un instant à cet arrêt ? cette chute sans fin.

Des objets amusants de la physique

Entre un futur qui n’existe pas, un passé qui n’existe plus, il nous reste un présent mince, réduit à rien, insignifiant ?
Non, le futur est passé à la vitesse d’une pensée. L’avons-nous vue, l’ éternité ? Nous sommes si décalés des temps, dans la conjugaison de notre esprit.

Je préfère me pencher sur ces choses, si drôles, comme un jeu facétieux, plutôt que ces polémiques sur la notion de races. Même la pesanteur est légère si on ne tombe pas. On y joue comme avec un jouet.

Eh, le temps a un physique étrange.

L’enjeu

L’enjeu ? Non ce n’est pas l’ange. Même s’il sonne les cloches. Tous les hommes se renvoient la balle, les uns accusant le matérialisme, d’autres les extrêmes, ou la religion, la fausse science, les femmes accusant les hommes, et réciproquement, Comme le dit un politique, c’est devenu le chaos. Indescriptible. Comme un imbroglio sur une scène dont nul ne connaît le scénario, le début ou la fin, tout se déroulant dans le noir. Un élément cependant demeure constant. C’est à la fois la solitude des uns et des autres, cet isolement malheureux comme un enfermement dès les premiers jours, et la situation de la terre séparée de l’univers sensé, ou du signifiant de l’univers, l’universel. Si certains pensent effectivement être reliés, et le sont en partie, ce n’est pas le cas de l’immense majorité des hommes enchaînés, pour lesquels tout fait défaut. Pénuries, ruines, famines, pauvretés, terreurs des riches de perdre leurs fortunes, ou de trahir leur camp, impitoyable s’ils trahissent, ou changent, ne voulant plus servir d’alibi aux mensonges.

Individus isolés, terre coupée, dans leur silence. Il reste l’Amour. Ça, c’est entendu. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, de quel Amour s’agit-il, s’il n’est pas Universel ? Et pourquoi nous ne verrons rien sans cet amour. Nos fusées partiraient dans le vide sidéral, nous nous rejetterions les uns les autres dans nos camps, dans nos enfermements et nos lacunes, une autre sorte de vide. Camps ou frontières, murs ou écrans.

Nous sommes en Jeu. C’est pour cette raison qu’on entend les trompettes, que nos oreilles bourdonnent en écoutant les cloches.

Vous savez, l’Arche, les argonautes, l’alliance nouvelle. Pour qu’elle se renouvelle, il a  fallu une séparation, une brisure, in extremis.

Chaud quand même malgré le froid qui règne.

où est le divin ?

On ne peut s’en dispenser. On ne peut mentir à son propos, fausser ce qu’on nous a donné, sans que cela se répercute dans le monde de façon négative, et croisse en mauvais sens. Dieu, disons, Père et Mère dans les métaphores, les images ou les symboles, est aussi dans les Fils, mais sans représentation. C’est Chemin d’Horus, de héros ou d’Éros, de Zéro, qui sait ?

Atteint-on une seule fois ce zéro ? On parle de dieu ou pense à dieu, alors qu’en fait il s’agit de notre couronne, nous n’avons que nous face à nous. Couronne qui naît dans le développement du Verbe, parce que nous voyons, entendons, et disons.

Indispensable. Un dix pensable. Vous connaissez les deux mains.

Actif ou passif

C’est curieux ces attaques contre le patriarcat. D’autant plus qu’il ne tient que par le matriarcat, par la complicité passive du matriarcat, disons des mères, pour ne pas qualifier de matriarcales les sociétés où les femmes sont dans l’ombre. Le matriarcat, c’est l’ancrage et la conservation des formes, leur transmission, les habitudes, péjorativement c’est l’inertie des sociétés crédules, idolâtres, et relativement stables dans le bien et dans les maux. Sans être trop bousculées, sans succomber dans des violences et les excès. On sait bien que le féminin répugne à faire couler le sang.

On va me dire que je délire, que les femmes sont victimes innocentes du patriarcat. Oui dans un sens. Si je dis non, on me qualifiera de réactionnaire. Dans tous les cas, nous oublions ce que nous sommes, et quelle est notre suprématie. Ni féminine ni masculine.

Mais les deux. Sinon rien.

Les peuples indigènes, violentés atrocement par les civilisations et leurs empires en guerre, les peuples heureux des jungles et des montagnes, des îles et des mers, eurent à subir la férocité des avides et des cupides, des armées surnaturelles, exploitant la vie comme on creuse des carrières, des mines, amassant des tas, et accumulant des morts.

Plus rien de divin, là.

Ceux qui font l’Histoire

Ceux dont on retrouve le nom dans les encyclopédies, la trace de leurs actions, parfois bonnes parfois mauvaises, parce qu’ils se sont battus pour telle cause, selon des principes et des idées, ont modifié la vie sur terre. Des idées ou des idéaux, des morales ou des plans, des visions ou des aspirations, mais sans suivre particulièrement les hommes, sans se résigner à ce que le monde impose. Ça peut-être bon ou mauvais. Comment savoir de quel côté la balance va pencher ? Y a -t-il quelqu’un qui sciemment fait mal ? Que de maux au nom d’un bien prétendu. Pas de bien au nom du mal, ça semble évident. Innommable par définition.

Pas grave s’il y a des histoires, si celles-ci ne nous effacent pas du livre vivant. Parce que peu ou prou tout le monde y est embarqué, acteur ou spectateur passif. C’est sûr, la vie est plus amusante si nous y sommes. Plus vivante si nous avons idée des objectifs, et de l’œuvre à laquelle nous avons contribué. Ça me fait penser au don de soi. Il y a toujours une part  de nous que nous donnons.

Mais le don de soi ne va pas de soi. Surtout si le moi n’a pas pris racine.

Le présent n’est pas toujours un cadeau.

Je reviens sur le présent. C’est une prison sans le passé, le futur, sans le souvenir. C’est l’horloge dans laquelle nous sommes retenus, comme dans un corps automate composé d’une infinité de petits automates. Le temps présent n’est créateur de rien. Il subit le temps de l’horloge. Objet sourd, aveugle, et muet.

Que serions nous nés dans le silence et la nuit absolues ? Que sont sons et lumières ? Ces impulsions et pulsations de l’univers vivant. Ayant face à nous ces temps passés décalés des confins des galaxies, de même que ces distances entre nous, où nous peinons à nous entendre et devons tendre l’oreille pour nous comprendre et la voix pour nous exprimer, parfois crier.

Appréhender le temps sous l’angle de la physique quantique, de quoi douter que ce soit bien perçu, ou même vraiment le temps réel. C’est sûr, en théorie, il y a du temps, présent, ponctuel, aussi épais qu’un point mathématique se promenant sur le papier.

Mais en conscience, le temps s’évade et s’amuse. Il joue avec des billes, des os, avec le feu et au bord de la mare avec l’eau. Comme un enfant jouant avec l’éternité en mouvement. Les objets du passé encore présents mais sourds, inertes et tranquilles. Les non-objets énigmatiques du futur, ceux-ci, ceux-là…

Je fais erreur. Dans le passé, il y a ces regrets sur lesquels nous ne pouvons plus rien et qu’il faudra, selon notre volonté, racheter. N’est-ce pas ce que nous sommes en train de faire ? Aggravons-nous notre cas ?

Faut voir, faut entendre.

La flèche orientée

Parce que Vivre  implique de Tout vivre et de choisir vers où on se rend, en connaissance. Celui qui doit passer sa vie dans la répétition monotone des actes, des sentiments habituels, de l’ennui, et de l’existence sans sel, où va-t-il aller chercher la joie de vivre ? Il y a les malheurs et les bonheurs, les souffrances et les joies, le rire, les larmes, le plaisir, la folie, toutes ces choses consistantes, immenses dans notre esprit-mental et mémoire, ne sont pas absurdes, elles sont en quelque sorte la boussole de notre présent progressant vers quelque chose, et quelqu’un.
Et puis, il faut tout une vie pour commencer à s’en rendre compte, de l’étrangeté des phénomènes, en assimilant la somme des petits mystères qui font le grand, jamais vraiment écrit.

Sur quel parchemin pourriez vous écrire les montagnes de vos impressions multiples, de ce grand Jeu dont vous êtes l’enjeu ? comme du salut de votre âme vivante dans l’âme du monde.

le petit vécu.

Je mesure la chance d’avoir vécu tellement de moments et d’actes divers, sur la mer, sur l’herbe, dans les bois, dans les bars et les boites de nuit, sur les routes du monde, et les chemins, les métiers et les arts pratiqués, quand j’y songe, d’avoir connu de nombreuses femmes et aimé, et connu la haine, et fait mal, et fait bien, comme dans une immensité des possibles, cela m’interroge sur mon présent observant mon passé, comme si c’était une matière composée de mille poussières, sous la main. Le présent ne vaut que par la densité des vécus, parce que je ne dispose que du mien pour me rendre, sachant ce qu’il reste encore plus grand. Avec l’âge, les livres, les témoignages des autres hommes, prennent toute leur acuité et les tableaux dressés des humanités, et des choses d’ordre transcendantal, se précisent. Paradoxalement, plus on s’élève, plus on se sent en bas, et plus on aperçoit les multitudes des détails du vivant.