à l’ombre d’un arbre

Si vous savez ce qu’est l’homme, vous savez tout ce qu’il convient de savoir. Non, nous ne sommes pas une simple organisation complexe d’éléments épars qui se seraient agglutinés fortuitement ou selon quelques suites de nombres décidant de nos corps, non. D’ailleurs, ceci est vrai pour le moindre élément, comme le sable jeté dans le vide absolu. Comme s’il y avait un comptable, ou un géomètre mesurant les alignements des atomes, alors que ceux-ci savent trouver sans chercher leur place dans l’ensemble. Tout se tient.
Mais nous, non, nous sommes dotés d’une sorte d’incohérence et de non sens, nous affectant, nous contraignant à sans cesse revoir nos positions, essayer de nous conformer à quelque plan afin de pouvoir vivre. Tout simplement ce besoin de vivre, relève de ces dimensions symboliques, des paroles et des sentiments qui nous traversent, de cette impression de nous sortir de la fange, ou de la masse informe dont nous sommes pétris mais qui ne peut en aucun cas nous satisfaire. Être vivant c’est sortir de cela, et s’élever vers les dimensions sublimes de l’amour, du désir même, si ce n’est pas le boulet du corps, mais sa fonction lumineuse qui nous aimante. Le lieu où le sublime se révèle tient à si peu, comme une étincelle embrase les ténèbres. Et cependant quel choc entre la violence et la douceur. Et tout ceci nous impose de tenir et résister, accepter notre condition animale, prisonnier de nos appétits, de nos habitudes, et de notre débilité congénitale. Pensez donc, notre temps d’existence ne dure que le temps d’un clin d’œil, perçu étrangement comme s’il était éternel. Mais voyez, il y a une bouche monstrueuse dans ce monde, avalant les hommes comme des bêtes, et ceux-ci succombent d’impuissance et de révolte, détruisant tout sur leur passage, et en définitive eux-mêmes se ruinant. Impossible de leur crier combien c’est idiot tous ces maux qu’ils fabriquent au nom de logiques absurdes, horribles hommes en perdition.
Je ne sais pas jusqu’où nous devrons subir ces actions néfastes, et où nous allons pouvoir nous retrouver, s’il existe dans ces univers des endroits moins violents, des havres de paix, des îles encore vivantes, et des arbres nous prodiguant leur ombre.

Toc toc

Depuis le temps que les hommes cherchent dans toutes les directions, quoi ? Ils n’auraient rien trouvé ? Ils n’auraient pas compris en quoi consiste leur existence sur cette terre ? Nous serions condamnés à l’illusion, manipulés comme des jouets de l’univers, se relever et retomber sans cesse ? N’ayant de l’espoir que dans la mort comme une délivrance. Ceci est trop bête. Parce que même mort, nous allons devoir retrouver ce que nous sommes, nous ne pouvons sortir de ce que nous sommes.
Alors la question se tient dans cela, précisément dans l’essence, ou dans l’esprit. Tout consiste à reprendre nos esprits, et agir dans ce sens, si nous l’avons perdu. Et dieu sait combien les égarements sont puissants, comme des toxiques qui nous emprisonnent, nous emmurent, c’est affreux. Pourquoi une telle déchéance ? Que peuvent ceux qui en ont conscience et qui en sont affligés ? Nous ne pouvons nous séparer de façon définitive de ceux qui sont la proie de leurs erreurs, et les laisser choir encore plus bas. Mais nous ne pouvons non plus renoncer à être ce que nous sommes, nous renier en quelque sorte. Ou renoncer à avancer.
Quel paradoxe ! Être ce que nous sommes. Comme si la jonction dans l’être n’était pas accomplie. Et qu’il y aurait par conséquent deux essences distinctes au sein d’un même être.
D’où l’immense confusion qui règne.
Cherchez, lisez les auteurs ayant encore un peu de bon sens. Écoutez des musiques porteuses d’harmonies, et de feux. Tout cela nous élève. Et nous enracine. Tout cela chasse les ombres et renvoie les démons dans leur insignifiance, nous ouvre la voie, sans avoir besoin de prendre le pouvoir. Disons que nous retrouvons le nôtre, pouvoir voir, et pouvoir vivre. Nous prenons la mesure de ce qui nous fût donné, et que nous rendons.
Bien, mais tout ceci ne se peut que dans le courage, et ce n’est pas une mince affaire…

Ça

Un fois que tout a été fait, tu peux être satisfait de ton ouvrage, tu t’aperçois que ceci n’est rien. Que ces productions sont sans importance. Que ce n’est pas l’essentiel. Certes le pain que tu consommes, les fruits venant du jardin comptent non en eux mêmes, mais par ceux dont tu les reçois, tout comme par ceux à qui tu les donnes. Les choses sont importantes du fait des liens bons ou mauvais, des relations entretenues parmi les hommes et la terre. Du regard, de la conscience qui en sort. Comme c’est affreux si cela cause des larmes, au lieu des rires et des plaisirs, c’est la question des actes laids, des pensées assassines, où nous nous faisons mal.
Une fois que les besoins premiers et les devoirs ont étés accomplis, l’inverse, la beauté des chants, des images renouvelées, le temps est venu de la fête entre nous, entre tous. Reconstitution de l’humanité ayant retrouvé son sens. Parce qu’il n’y a pas eu d’aliénation. S’il n’y a en pas eu. Mais s’il y a eu un jeu d’échanges justes sans avoir profité de la faiblesse. Sinon, ce jeu serait perverti entraînant d’autres vices de fabrications, d’autres désordres dans le monde, et des contraintes remises à plus tard qu’il faudra payer.
Au fond, c’est la question du pardon, ou de la vengeance, de ce qu’on l’on a infligé ou subi, des malheurs vécus, des bonheurs qui nous manquent, et qu’aucune loi humaine ne peut jamais racheter dans l’ignorance des lois divines. Ce serait trop facile pour les méchants de se laver grâce à la beauté des chants ou des belles œuvres d’art s’ils n’ont pas contribué à leur naissance, mais n’ont fait que commettre des crimes.
Croyez vous que l’artiste n’œuvre que parce le monde est laid et pesant ou bien parce qu’il demeure dans l’essentiel une urgence de beauté à faire vivre, et qui nous rend vivant ?
Une autre question découle de tout cela, c’est celle de la lente dégradation des corps et des esprits, de cette pitoyable descente vers la misère, comme une corruption qui s’installe en tous lieux, nous plongeant dans l’ordure, et la saleté, au sens propre et figuré. Corps malades, familles éclatées, mensonges.
Voilà pourquoi il n’y a que cette idée des sommets qui nous relève de la boue. Idée, n’est pas le mot, lumière ou amour pur, peu importe, vous avez Ça en vous.
les forteresses, les cathédrales, les buildings, les aménagements urbains, ne valent que comme signes des peines et des devoirs infligés. Que de pierres les hommes ont dû tailler pour se construire eux-mêmes dans ces matières brutes !

Trash test

Se tenir au plus près de la vérité, sans se mentir, sans faire semblant, sans se penser détenteur mais simple ouvrier à l’heure imposée, agir en conscience, et constater à la fois le bien et le mal, le pire et le meilleur, la souffrance et la joie. C’est un grand jeu de cartes que nous avons entre les mains, où chacune porte la marque des plans divins, de ces énigmes que nous avons à résoudre, et qui nous édifient, non sans peine.
Prends une seule pièce de l’étoffe dont nous sommes tissés, une seule pierre de l’édifice, tu auras l’ensemble, de même quelques lignes dans un roman, ou quelques vers révèlent l’esprit du poème. Il fut une époque où je me levais très tôt pour écrire dans le silence du matin, et réfléchissant à toutes ces situations impossibles, je m’échinais à en percer le mystère, ou les secrets, partant donc d’ici, je me retrouvais à toujours retomber et buter sur la question et la raison d’ordre divin, comme la partie me questionnait sur le tout. Bien et mal sont de Dieu, comme l’être et le néant. Mais vois-tu si nous sommes en vie, non ce n’est pas pour la perdre, ou retourner dans un néant sans être. Peu importe la façon dont nous avons échoués sur terre dans cette condition très approximative et contingente, enserrés dans ce corps si minimal.
Il est porteur des choses les plus sublimes, comme il a pu être facteur d’atrocités. Il faudra bien que cela cesse, si nous voulons vivre et mourir en paix. Que cesse cette merde. Cette décomposition du monde qu’on bétonne et enferme. De même que les esprits qu’on emprisonne.
Qui donc est facteur actuel de ce merdier mondial ? Des anges révoltés contre leur condition ? Et qui s’amusent dans leurs expériences à jouer avec le feu. Pensées perverses d’hommes ou de femmes qui partent d’un principe simple : dans le néant, tout est égal. Il n’y a là plus aucun bien ni aucun mal. La souffrance s’achève avec l’inconscience. De même la mémoire.
Tout cela procède d’une erreur de logique et d’une ignorance. Nous croyons pouvoir nous anéantir ou sombrer dans l’oubli. Dans le noir le plus profond du non-être. Mais alors c’est là que la souffrance est totale, comme la source de l’angoisse. Pauvre dieu ayant perdu tous ses corps, absolument comme un fantôme réduit à l’impuissance. Dans une matrice ne pouvant plus rien pour nous.
C’est pour cela que nombre d’œuvres d’art disent des papillons, comme une résurrection de l’âme, délivrée du néant.
Bon, la vérité, vous me demanderez ce qu’elle peut bien être… ce à quoi je vous dirai qu’elle est selon notre vie. Notre reconnaissance. Et même dans mes erreurs.

D’où vient la lumière

Ou d’où vient la mémoire ? Cela vient de l’échange. De la Parole, comme une étincelle. Remarquez combien les secrets sont bien gardés. Ce n’est pas par hasard que nous avons été expulsés du jardin, c’est sans doute pour que par nous-mêmes, de nous-mêmes nous puissions le retrouver, afin qu’il soit nôtre. Au début nous n’avions que l’oral, puis nous avons eu l’écrit, et aujourd’hui les machines qui se souviennent pour nous, qui pensent pour nous, nous laissant encore plus démunis et pauvres qu’aux origines. Littéralement séparés des puissances organiques de la terre, et des forces instinctives, d’où nous sommes issus. Les bibliothèques sont énormes, les banques de données paraissent considérables, mais nous ne possédons rien, ne sommes rien si nous oublions.

Voyez donc, pensez donc de quel Lieu nous devrions nous souvenir, si nous ne voulons pas aggraver notre cas, dramatiquement. Mais comment le penser si nous sommes lourds de ces bagages encombrants et inutiles empêchant la lumière de passer ?

Tenez, rien que ce jeu très faussé entre l’homme et la femme, fait obstacle à l’entendement, nous piège, nous égare, se perpétue, nous divisant, nous isolant dans nos concepts, nos croyances, complique tout par la suite. Nous succombons dans le soupçon et la défiance envers chacun.

Mes aïeux

Quelle est la fin de l’histoire ? Non, cela ne peut être la mort, cela ne doit pas être ça, ce serait stupide d’avoir vécu. Si c’était la mort, c’est que nous serions déjà mort. Faut-il arriver au bout de son existence pour enfin réaliser à quel point la nature est miraculeuse, que c’est un don, une grâce, une chance donnée, qu’elle est surnaturelle. Mais que la bêtise ou l’ignorance veulent la pétrir et ne font que détruire, engendrant tellement de souffrances qui se transmettent. Quelle misère ! Quel vaisseau fantôme ! Les éveillés savent que rien ne va. Chacun attendant cet homme providentiel, qui va lui tenir des discours pour refonder ce monde à la dérive. Mais cela ne fera encore que d‘autres errements s’ils ne sont que politiques, ou religieux, ou scientifiques, il manquera cette dimension à proprement dit magique, onirique, poétique, sublime d’effroi ou d’extase, qui nous propulse vers des plans supérieurs, en étant pleinement vivants et amoureux de tout. Nous savons que nous laisserons nos os sur cette terre, mais que cela n’a guère d’importance, puisque nous avons retrouvé l’âme du monde. Qui s’exprime partout, et unit tout sans rien effacer du bien et du mal qui furent nôtre.
Il suffit de si peu pour renverser ce monde mauvais en monde meilleur, il suffit d’un seul, d’un seul bon, pour que le meilleur arrive, il n’est pas nécessaire d’être des milliards convaincus et majoritaires pour que les choses commencent à se métamorphoser en mieux. Il n’est pas nécessaire non plus d’être sur le devant de la scène publique, il faut cependant que le monde puisse entendre les voix bonnes et réalise les mauvaises, les impasses et les naufrages, afin d’éviter le pire et l’irrémédiable. Ire remède diable ? Tonnerre de Dieu.
Je pense aux anciens qui créèrent Zeus, mais aussi les autres figures bonnes et reposantes, comme on pétrit un bon pain. Ou un bon vin de Dionysos. Comme si nous devions nous disputer pour savoir quel est le meilleur ? Tout cela en vain. Quelle chute dans le vide, mes aïeux.

Pilier des anges.

Pourquoi donc les hommes actuels commettent autant d’atrocités, de destructions, de souffrances dans ce monde, des champs de mines, des zones interdites, des forêts emprisonnées, des animaux massacrés, pourquoi tout cela ? Il ne resterait comme lieux heureux ces terrasses où la bière coule à flot pour tromper les ennuis et la solitude, ou bien ces temples de la consommation, de ces luxes inutiles, ou presque, ne nous disant pratiquement rien malgré tous les talents qui les produisent. Nous nous trouvons aussi stupides et vides face à l’abîme. Je me demande si les mots peuvent modifier le cours des choses, si cela peut suffire. C’est peut-être plus la forme des mots, ou des dessins, le style et le ton de la voix, les visages parlant vrai, les masques tombés révélant la beauté ou l’horreur, la monstruosité de la mort, de ces hantises générant ces ravages, ces démons déchaînés dans leur calculs absurdes.
Rien ne peut se dire, en vérité, que sa Lumière, ou son Amour, cela, comme une flèche brisée d’une dame aux yeux bandés. Attendant sa délivrance.

Le prix de tous ces cris.

Saisis-tu ce que veut dire le moindre hasard, quand tu tombes sur une connaissance à des milliers de kilomètres ? Ce genre d’événements fortuits n’arrive pas pour rien. On en déduit souvent que le monde est petit. Mais ce n’est pas la seule conclusion possible.
Tout cela est trop bête, passer à côté de sa vie, passer sans se voir, et prendre la mesure de l’urgence de vivre, d’aimer, de partager le temps, au lieu de se déchirer et demeurer dans le trou affreux. La vie est un songe qui passe trop vite, il ne faut pas mourir, c’est à dire rester enfermé ou confiné dans ses maux. Il faut dire que tout pourrait nous pousser à ce retranchement intérieur tellement l’incompréhension est forte, mais il ne faudrait pas y céder. De quoi donc avons-nous peur ? Quoique que nous fassions nous sommes obligés de nous retrouver, ici ou ailleurs, nous ne pouvons sortir de ces univers, et devrons composer avec tous ses habitants, et nous soigner, et vivre ensemble, humains et non humains.
Ce qui est affreux, c’est le vide d’être, celui de toi et de moi, qui donne raison à la vie dès lors qu’on passe le seuil. Et qui vainc la mort, le doute et cet enfermement.
On va nous reprocher nos fautes, nos défauts et nous jeter la pierre, on a toujours besoin de se blanchir, et d’épurer ses propres fautes, sur le dos de l’autre, au lieu d’inverser les choses et de se repentir en soi-même de ces maux qui nous blessent.
Sans cette opération, nous faisons notre malheur, comme des maudits, âmes défuntes. Et fous. Alors qu’il est certain que tout ce que nous faisons ne vise en définitive qu’à cela. Mais nous nous y prenons mal. Nous nous trompons. Nous croyons nous en sortir dans la vengeance et l’hostilité, parce que nous nous croyons indemnes de maux, et donc nous ne percevons pas les biens de l’autre, nous ne percevons que ses tares. Et nous jugeons et effectuons cette séparation affreuse.
Ce n’est pas la théorie qui va pouvoir reconstituer le lien, il faut un passage effectif et certainement douloureux pour encaisser le poids de notre inconscience, allant vers la conscience de l’être. Celui-ci est tellement énorme, puissant, profond, silencieux, miraculeux, implacable dans ses plans conçus pour nous et pour tout.
C’est parce que nous y étions inclus que nous ne pourrons y échapper. Mais à quel prix ?