Du haut et du bas

Qui donc voit que c’est le sommet qui tire la base ? Que sont-ils exactement ? La Terre pouvant être entendue comme un sommet, mais moins si elle est prise dans le sens strict de terre à terre. La base étant un début pour s’élever ou répondre à nos aspirations. Ceci, à la condition d’avoir aussi une idée, et une connaissance des sommets effective.

Et là, les malentendus sont forts, sources de bien des déchirures. Tout cela à cause des illusions et des pièges du langage.

Pays

Qu’est-ce qu’un pays ? C’est un ensemble stable. Il n’éprouve pas le besoin d’aller conquérir ailleurs pour résoudre ses problèmes. Il regarde à deux fois les allogènes qui semblent vouloir s’installer dans leur pays. De même qu’il veille à ce que les indigènes ne se traitent pas mal, et qu’il n’y ait pas de déséquilibre insupportable qui sont causes de misères et de corruptions.
Un pays qui se respecte fait que tous se connaissent et n’interfèrent pas dans la vie des autres quand ça va bien. Le pays poursuit les œuvres des anciens et les jeunes renouvellent les choses.
D’un pays à l’autre il n’y a pas de ruptures, ni des murs. Il y a des échanges simples et en principe honnêtes, sans arrières pensées, sans volonté d’empiéter sur le pays proche, malgré des différences naturelles inévitables.
Cela suppose de savoir se satisfaire de ce qui nous est donné. Et ne pas se leurrer sur des éventuelles richesses qui seraient ailleurs. Ce qui suppose aussi de savoir où se trouvent les siennes et celles de son pays. C’est à dire celles de l’ensemble humain et naturel où nous sommes nés. Famille au sens large.
Cercle étendu et sans limite. Mais où chacun connaît sa place.

Dans ces conditions idéales il ne se forme pas d’empires, d’états contraignants qui ne peuvent naître que sur les divisions générales, et qui aggravent toujours ces divisions une fois installées.

Si on remonte le temps on sait que toutes ces histoires furent fondées sur des déchirures antérieures, des minuscules divisions irréparables au sein des familles, où les gens d’un même pays sont ennemis. Et où il y a un rejet violent déguisé en douceur, mais où couvent des poisons.

Pourtant on a tous eu un pays de naissance et d’enfance que nous pouvions aimer, parce que nous étions innocents.

Il est évident que l’histoire en a décidé autrement et que c’est l’instabilité qui règne. À la fois la misère et la corruption.

Dans l’idéal on retrouve dans son pays cette dimension d’une humanité cosmopolite.

Mais bon, ce n’est pas l’heure des idées idéales 😘

Etre deux

Naissant, nous n’étions rien. Puis nous nous sommes pensés comme un tout, ce qui nous enferma dans cette conscience d’être tout seul dans notre existence parmi d’autres existences qui nous enferment.
N’étant rien aux yeux du tout nous enfermons le tout dans son insignifiance. N’étant rien au sens de ce qui n’a nul être, ou être voué à disparaître.

Mais mettons nous à la place du tout. S’il est tout comment saurait-il ce qu’il est ? ce qu’il fut et sera ? Puisqu’il est seul et enfermé dans sa totalité close. Il n’y a pas d’être dans ces conditions. S’il manque un autre, radicalement autre que ce qu’il est.

Alors que fit le « Tout » ? Il fallut qu’il crée un autre que lui, afin que lui aussi puisse être et sortir de cette totalité. Et que cet autre le crée. Le créé créateur, ou bien le créateur qui se crée autre. Non pas à partir du Néant mais de cet anéantissement de l’être.
Autrement dit, le tout est créateur à partir de lui-même, il s’anéantit pour qu’advienne un autre. il laisse sa place en somme. Il renonce à lui-même et laisse l’autre vivre son « enfer » en lui-même et sa totalité afin qu’il vive et sache ce qu’est le Tout, ou l’être qui lui manque.
Idée de Dieu. Réciprocité créatrice par le créé. Bref, on fait vivre Dieu et ça a des implications dans le monde. Dieu renaît en nous. Et nous sommes saufs.

Cela interroge l’acte créateur, qui ne peut être qu’acte d’amour à proprement dit, et de don de soi.

Bon, ce n’est pas grave, du tout.

Altérité

Quand Rosenzweig écrit

Nous ne voulons pas d’illusion du tout.

Que faut-il penser ?
Que nous ne pourrions absolument pas nous dépouiller de toute illusion.
Ce dévoilement serait notre dissolution immédiate, notre folie, un arrachement ou une sorte de foudroiement.
Le passage de ce monde-ci à un monde sans illusion demande une certaine progression lente, patiente, réalisée selon nos seuls moyens.

Le tout est un enfer, où le tout est enfermé sur lui-même, l’autre du tout étant un n’étant rien qui l’enferme.
Alors il lui reste à puiser en lui-même les possibilités de sa libération de cet enfermement totalitaire.
Ce ne serait que par la réalisation de la vie créatrice et amoureuse d’une altérité radicale. Et d’un autre que soi, nous répondant.

À suivre…

 

sacrifices ( suite )

On envoie des jeunes gens dans le brasier des guerres, se sacrifiant pour sauver quoi, alors qu’il ne s’agit que d’exterminer, par incapacité à résoudre les problèmes internes des sociétés, fondées sur des mensonges et des montagnes d’erreurs ou d’hypocrisies, de faiblesses, d’un coté des frontières ou de l’autre ?
Le seul sacrifice qui peut servir, ne vient que de celui qui est et sait ce qu’il est, autrement dit, il relève de la part divine, et fait écho en nous, de telle sorte que nous puissions y répondre et la trouver en nous, trouver en nous cette part divine et vivante, par delà notre mort. A part ça, notre monde est en sursis, on ne fait que déplacer les échéances. Et à la limite faire survivre le groupe auquel on appartient.
Ce n’est pas rien non plus, cette nécessité de sauver son pays, sa patrie. ça nous laisse encore un peu de chance pour la suite, si on ne succombe pas sous le poids d’un malheur excessif, entraînant des effets dramatiques, des naufrages à répétitions et des égarements sans issues.
Le problème religieux dans son ensemble ne vise qu’à endormir les consciences et accepter leur sort, la mort comme fatalité, au lieu du vivant. Celui qui sait, fait don de sa vie par ce qu’il est. Il rend vivant et il délivre. il transmet la vie et non sa mort. C’est pourquoi son royaume n’est pas de ce monde.
Il est évident que la terre dans son ensemble est loin d’avoir intégré cette vérité. Et que le monde continue à vivre dans son enclos, pensant résoudre ses problèmes sans tenir compte de ce qui vient de l’au-delà. et avec une pléthore de faux prophètes, et fausses médecines, rassurantes, à la place des vraies difficiles à tenir.

sacrifiés

Pour pouvoir faire don de soi, il faudrait peut-être avant tout faire connaissance avec soi, ou cette dimension du réel si vaste.

Mais non, on te prend, on t’utilise, on t’asservit, en te faisant croire que ton moi est illusoire. Et que la seule voie de libération est de se fondre dans la totalité.

Il y a diverses façons de forcer au sacrifice.

De la pesanteur

De quoi est faite notre vie, si ce n’est de soi-même ? Et de nos liens ? Que sont donc ces liens, si nous en sommes esclaves ? Si nous n’en sommes pas créateurs, producteurs, ou encore détenteurs, si nous ignorons leur origine, et qu’ils se situent derrière un rideau qui nous trompe et nous égare ?
Ce n’est pas possible, disons c’est inadmissible et révoltant si c’est le seul réel. Si le réel est composé de ces pouvoirs du monde et ses tyrans qui nous mènent à la tombe. Il n’y aurait rien pour nous racheter ? Nous serions condamnés à cette existence médiocre, mortelle, condamnés à n’être rien. Non qu’il s’agisse de se donner de l’importance, aux yeux du monde, non, certainement pas de ça.
Il s’agit de savoir ce que la Vie attend de nous. Ce qui se produit à la suite d’un éventuel éveil et des épreuves passées. Et ne pas être esclave précisément de ce passé. Ce qui ne veut pas dire que nous l’aurions oublié, ou que nous nous tiendrions dans le présent seul, mais signifie que nous aurions fait un pas vers autre chose en ayant suivi ou respecté les meilleures sagesses, les meilleures leçons ou les plus belles parmi les œuvres humaines, comme si celles-ci avaient été dictées par Dieu. Issues directement de Là. Sans présumer a priori de quoi il s’agit. Sans les confondre avec les mauvaises. Mais les mauvaises ont leur fonction. Ne serait-ce que de susciter le rejet, et nous contraindre à chercher des issues. Et donc un futur autre.
Le formuler, le mettre en œuvre, le penser, et tisser des liens humains et des liens supérieurs, mais non pas nécessairement lunaires, ou astronomiques. Non. Mais sans doute des liens naturels retrouvés. En soi. Évidemment ils sont en moi, même dans ma part d’inconscience, et en toi de même. N’étant que toi. Nous sommes liés à nous-mêmes. Nous sommes nous-mêmes par la nature du lien, plus que par la nature des mots et des images, des nourritures et des cultures.
C’est probablement une question et une réponse d’ordre spirituel, de la subtilité de l’Esprit.
Et j’arrive ici avec mes gros sabots.

Imagine

Imagine un pays malheureux. Leurs habitants n’avaient pas l’impression d’avoir commis des fautes en excès, d’avoir transgressé ce qu’ils pensaient comme juste et bon, et se sentaient victimes d’un fatalité qui leur tombe dessus, malgré cette obéissance à des lois ancestrales. Au sein de ce pays un certain nombre d’entre eux voyaient bien dans quelle situation insoluble ils se tenaient, pour peu qu’ils ne voulaient pas se mentir ou se voiler la face. Ils se sentaient bien désemparés, et sans réponse venant de leurs congénères.
C’est pourquoi dans les temps difficiles, les hommes ont toujours fait appel à plus grand qu’eux. Comme un retour aux sources, où ils pourraient s’abreuver. En se dépouillant aux mieux de leurs vieux principes, et de les réexaminer.
Dans ces moments délicats à souhait, voilà, il ne se peut pas que Dieu ou l’ordre divin fasse défaut et nous abandonne, et nous laisse sans réponse, ce serait contraire à la nature même de cette totalité existentielle, incluse en nous. En quelque sorte il y a en nous cette volonté de ne pas nous éteindre, ou demeurer éternellement dans la souffrance.
Imagine donc qu’il y eut des figures humaines plus grandes que nous, et qui ne pouvaient guère nous exposer les vérités de façon frontale mais durent ruser pour que nous les acceptions.
Cela forcément nous renverse. Ceci ne se fait pas sans mal, pas de roses sans épines.
Et puis, l’humain reprend le dessus. Au lieu de simplement suivre et vivre ces enseignements pour soi-même, ce qui suffit en principe amplement pour tout renverser, la tentation est grande d’aller plus vite et plus haut en instituant des systèmes, religions ou politiques, qui donnent plus de force en théorie.
Mais finalement retombent dans des erreurs qui ne cessent de se répéter avec l’appui des masses et ces formations sectaires.
Divisions extrêmes.
Il faut passer le détroit. Et laisser Ormuz tranquille.

Dieu n’est pas divisé en lui-même, il est multiplié en nous. Vous voyez ?

Où il est question de se souvenir.

Il faut apprendre à vivre avec un Dieu absent. Ça implique une certaine opposition à beaucoup de points de vue, ou de croyances, et d’opinions. Superstitions, idolatries, fanatismes, intégrismes, visions étriquées.
On ne peut être sûr de rien. Sauf de cette absence. Et sûr aussi que nous ne pouvons nous relever du pire.
À la limite, nous pourrions nous en sortir si nous avons eu des données sur ce qui est le meilleur possible. Ce meilleur étant nécessairement en nous. Mais endormi, latent, éteint en un nombre considérable de gens. Comme sous une hypnose collective et manipulée. Ce qui fabrique toutes ces crispations identitaires, et cette méconnaissance des mémoires meurtries qui passent leur temps dans la vengeance inconsciente plus ou moins.