Le présent n’est pas toujours un cadeau.

Je reviens sur le présent. C’est une prison sans le passé, le futur, sans le souvenir. C’est l’horloge dans laquelle nous sommes retenus, comme dans un corps automate composé d’une infinité de petits automates. Le temps présent n’est créateur de rien. Il subit le temps de l’horloge. Objet sourd, aveugle, et muet.

Que serions nous nés dans le silence et la nuit absolues ? Que sont sons et lumières ? Ces impulsions et pulsations de l’univers vivant. Ayant face à nous ces temps passés décalés des confins des galaxies, de même que ces distances entre nous, où nous peinons à nous entendre et devons tendre l’oreille pour nous comprendre et la voix pour nous exprimer, parfois crier.

Appréhender le temps sous l’angle de la physique quantique, de quoi douter que ce soit bien perçu, ou même vraiment le temps réel. C’est sûr, en théorie, il y a du temps, présent, ponctuel, aussi épais qu’un point mathématique se promenant sur le papier.

Mais en conscience, le temps s’évade et s’amuse. Il joue avec des billes, des os, avec le feu et au bord de la mare avec l’eau. Comme un enfant jouant avec l’éternité en mouvement. Les objets du passé encore présents mais sourds, inertes et tranquilles. Les non-objets énigmatiques du futur, ceux-ci, ceux-là…

Je fais erreur. Dans le passé, il y a ces regrets sur lesquels nous ne pouvons plus rien et qu’il faudra, selon notre volonté, racheter. N’est-ce pas ce que nous sommes en train de faire ? Aggravons-nous notre cas ?

Faut voir, faut entendre.

La flèche orientée

Parce que Vivre  implique de Tout vivre et de choisir vers où on se rend, en connaissance. Celui qui doit passer sa vie dans la répétition monotone des actes, des sentiments habituels, de l’ennui, et de l’existence sans sel, où va-t-il aller chercher la joie de vivre ? Il y a les malheurs et les bonheurs, les souffrances et les joies, le rire, les larmes, le plaisir, la folie, toutes ces choses consistantes, immenses dans notre esprit-mental et mémoire, ne sont pas absurdes, elles sont en quelque sorte la boussole de notre présent progressant vers quelque chose, et quelqu’un.
Et puis, il faut tout une vie pour commencer à s’en rendre compte, de l’étrangeté des phénomènes, en assimilant la somme des petits mystères qui font le grand, jamais vraiment écrit.

Sur quel parchemin pourriez vous écrire les montagnes de vos impressions multiples, de ce grand Jeu dont vous êtes l’enjeu ? comme du salut de votre âme vivante dans l’âme du monde.

le petit vécu.

Je mesure la chance d’avoir vécu tellement de moments et d’actes divers, sur la mer, sur l’herbe, dans les bois, dans les bars et les boites de nuit, sur les routes du monde, et les chemins, les métiers et les arts pratiqués, quand j’y songe, d’avoir connu de nombreuses femmes et aimé, et connu la haine, et fait mal, et fait bien, comme dans une immensité des possibles, cela m’interroge sur mon présent observant mon passé, comme si c’était une matière composée de mille poussières, sous la main. Le présent ne vaut que par la densité des vécus, parce que je ne dispose que du mien pour me rendre, sachant ce qu’il reste encore plus grand. Avec l’âge, les livres, les témoignages des autres hommes, prennent toute leur acuité et les tableaux dressés des humanités, et des choses d’ordre transcendantal, se précisent. Paradoxalement, plus on s’élève, plus on se sent en bas, et plus on aperçoit les multitudes des détails du vivant.

Du divorce

Ou plutôt de la séparation, de la coupure de l’un. Coupez l’un il n’y a plus rien. Il ne s’agit pas d’une unité se trouvant en deux morceaux, non, une union divisée, se trouve comme n’étant rien. Alors que dans la position d’un couple évoluant, on est deux, formant une unité. Divorçant, on perd cette unité et la vie qu’elle donne, celle où nous pouvions évoluer. Bien entendu, c’est assez relatif, sauf dans le moment présent vécu, éprouvé comme absolu.
Combien en arrivent à des extrémités dramatiques quand ça craque, suicide, infanticide, et violences.

Je ne vois pas d’Histoire sans cette relation, cette union entre deux êtres s’aimant, se donnant l’un à l’autre, se perdant dès lors que l’un perd l’autre. De cette union vient la suite.

Un homme ou une femme, n’est pas une cellule isolée, enclose dans sa singularité n’ayant d’ouverture vers les dimensions de l’être (vivant) sans devoir passer par l’autre, par le don et la réception.

Nous ne savons pas l’au-delà, nous en faisons connaissance par l’autre en présence, selon l’Amour, la Vie qui nous porte et que nous rendons. Si rien ne nous porte, nous tombons. On pourrait penser cela sous l’angle du moine, qui dans ses pensées se donne à son dieu de façon ascétique, pourquoi pas. C’est du même ordre. Mais la vie sur terre n’est pas ainsi, et ne doit pas être que monastique. Il y a tout l’humanité, en hommes et femmes, et en enfants, et en familles, et en sangs, qui suivent le Chemin ou s’égarent.

Un couple uni, c’est – dans une certaine mesure – comme une monade, cheminant. Mais l’union est libre, disons qu’elle nous délivre. Nous délivrant, nous devons ou devrions lui obéir.

On voit la difficulté, dès lors que les contraintes du monde, les combats, les engagements, et toutes ces ambitions bonnes ou mauvaises nous séparent. Le monde nous séparant. Chacun luttant contre le monde.

Mais cette lutte sert à affirmer quoi, quelle entité en soi ? Je pense à cette mort que chacun d’entre nous porte depuis ses origines, comme séparation initiale, comme division première d’Adam, symbolique, et réel, oublié, gisant dans l’inconscient, peinant à se remémorer le vivant à l’état pur, Nous frappés d’amnésies.

On verra.

Quel accouchement de l’Homme nouveau

C’est une question de pouvoirs. Lutte entre actif et passif. Entre l’action et la passion ? Lutte de la matière et de l’esprit, que sais-je ? La matière et l’esprit affirmant leurs pouvoirs respectifs et peu respectés, non, ils sont à eux deux bien innocents, et font tout ce qu’ils peuvent pour accoucher de notre humanité, ayant suffisamment de forces pour ne pas se détruire.

Le nouveau fondé sur l’ancien, non, ça ne marche pas, pas plus que rejetant l’ancien, et ses blessures. Il faut peut-être que les cicatrices se referment, et ne nous fassent plus souffrir, si cela se peut.

Mais voyez comme ça vit.

D’ombres et de lumières

La seule histoire valable est celle de l’homme et de la femme. Ça suffit pour alimenter toute genèse. On dit le désir, sans trop savoir de quoi on parle. C’est logique, il touche à l’essentiel, presque inaccessible, insaisissable si nous ne nous laissons pas saisir. Piégés par la liberté si nous n’y obéissons pas.

Les hommes se battent, et exercent des violences à l’encontre des femmes. C’est bête, cette perte de l’ange. À ne pas confondre avec la malice, la ruse, l’intelligence, le calcul, et l’ensemble des mots qui nous plombent dans l’obscurité, dès lors que nous en perdons le sens, les intentions, et nous nous agaçons en nous cognant sur des murs.

Comme si hommes et femmes étaient séparés par des murs, sans trouver un lieu commun entre eux deux, sans cet amour qui les unirait par delà les corps et les concepts, chacun tirant de son côté par peur de perdre sa vie. ( je ne parle pas ici des dingues dangereux et assassins violeurs pathologiques et incurables )

C’est quoi donc cet ange absent ? Faire l’ange, c’est vraiment trop bête.

Il y a cependant une violence inhérente aux mondes, aux luttes obligées, aux poids lourds à soulever, aux peines et effort liés à ces luttes, qui sont dictées par quelque chose d’immanent, cette présence imperceptible des désirs, des au-delà perçus se diffusant dans ce monde « objectif ».

C’est trop délicat de ne pouvoir dire le fond de sa pensée. Songez tout de même qu’il y a une violence dans l’acte sexuel, conçue comme cette fusion imaginée de deux corps en un seul être. Hormis le fait que la copulation banale est bête, ce n’est que de la boue sans intérêt, dans sa bestialité exclusive et mensongère.
Je radote, mais homme et femme ne sont pas destinés à cela. Ni même à uniquement engendrer et se nourrir.

Nous aurions surtout besoin de nous révéler l’un à l’autre. Dites dans quel miroir cela se peut. Jeu d’ombres et de lumières.

Mine de rien. Ça couvre la terre.

 

Peurs et vapeurs

C’est très pénible de se trouver face à des textes bourrés de vérités mélangées à des erreurs chez un philosophe apprécié par la fulgurance de ses propos. D’autant plus que les lumières jettent une ombre sur le tableau, une lumière crue. De ce fait là, les énoncés font autorité malgré leur évidente fausseté. Le chercheur s’y perd en s’appuyant sur ces arguments d’autorité. De guerre lasse, il abandonne la partie. N’ayant plus en main les référents, les repères, les éléments intangibles ou invisibles, les données d’ordre spirituel que seule l’intuition heureuse peut percevoir, et qui disparaissent si le malheur l’emporte, jetant son ombre.

L’inverse aussi. Dans le sens où nous pourrions être aveuglé par les grandes lumières divines et ne plus voir la terre, le crépuscule, l’aube et les nécessités qui représentent ces choses là, aussi essentielles.

Quelle analogie, quelles images pourrions-nous trouver pour que ce monde soit juste et bon ? Pour qu’il aille vers le meilleur et cesse de s’enfoncer vers le pire sans fin ? sans espoir de se relever doucement, d’être quelque peu libéré des mauvais jougs ? Les mots ne suffisent pas, les œuvres à peine. Il en faut beaucoup, mises bout à bout pour que les choses s’éclairent. Un signe ne fait pas le printemps, Il en faut mille. Et encore…

Un son trop fort nous rend sourd. Le soleil crève les yeux. Quel poids nous écrase au centre de la terre ?

Elle a des vapeurs la mama.

Ce que nous sommes ?

Comme si nous avions retrouvé le goût du Mystère, par la transe, la danse, le chant, la variation des sons, les vibrations des couleurs, le jeu des formes, la diversité de hommes.

Réduire les gens à leurs fonctions économiques, à des fonctions de machine, comme des ventres, des sacs à vider et remplir, de la même façon que nous traitons les plantes, les arbres, les animaux et les pierres, sans respect, quelle déchéance de notre esprit.

Nous pouvons

Nous pouvons vivre au lieu où nous vivons, pour peu que chacun y mette du sien pour vivre et non pour nuire aux autres. Il y a tellement des talents, que chacun peut à la fois pourvoir aux besoins des autres et aux siens si les échanges ont lieu. Si la reconnaissance a lieu entre nous.  Et non le mépris.

D’où nous venons

Je ne crois pas que nous descendions d’un animal ayant muté. D’ailleurs, depuis le temps que les hommes existent on n’a guère observé de mutations de ces mêmes animaux en hommes. L’apparition de l’homme se serait produite en un seul endroit, un seul accident génétique ? C’est tout de même assez fantastique, pour peu qu’on y pense. Toute cette nature discrète se serait mise à parler d’abondance, à se tourmenter pour des tas de choses, au lieu de simplement subvenir à ses besoins animaux, vouloir faire toujours plus, toujours mieux, perfectionner ses arts dans une quête désespérée, sans fin, explorer tous les possibles. Comme si sa nature lui échappait et qu’il la retrouve dans le champ des langages, des expressions et des échanges.

On dirait que ce qui a autorisé ces mutations relève de la parole, ou d’un Verbe. D’une vibration, comme si la musique ou un bruit engendrait des modifications génétiques. Ce serait un incident cosmologique créant ces sons et provoquant une grave perturbation de la tranquillité des bêtes nos ancêtres ? Allons donc, pourquoi pas ? Mais ces sons semblent tout de même incroyables, puisqu’ils nous font faire des multitudes d’instruments, et composer des quantités incroyables de partitions, soulevant autant d’enthousiasme, d’allégresses, et de larmes, comme souvenir d’où nous venons, d’où nous sommes.