Il le faut

Il est bien entendu que tout ce qui se produit dans le monde se passe d’abord en nous-mêmes, que nous en sommes les récepteurs et les analystes, que nous subissons les chocs intérieurement sans pouvoir agir ou inverser le flux négatif, la violence des puissances chaotiques. Dans ce pire éprouvé ou ressenti, par lequel nous passons, nous n’avons pas le choix. Soit nous passons vers le meilleur, soit nous succombons. Prenons-nous la mesure exacte de ce que cela implique ? Ici, il n’y a guère qu’une image qui me vient. Vous seriez dans la situation d’une mère perdant son enfant, et d’un père affligé du même remords. Inconsolables. L’image n’est pas non plus absolument exacte, puisqu’il s’agit de notre âme, séparée dans le pire. Nous serions séparés de nous-mêmes, en quelque sorte, sans possibilité de nous reconstituer, de reconstruire notre être, notre vie. Nous serions au paradis, mais celui-ci serait notre enfer par l’absence de nous à nous-mêmes. Scindés de façon définitive, et pratiquement morts face à notre mort. Nous n’aurions face à nous que de la mort, de même qu’en nous. Perspective atroce.
Ceux qui pérorent et affirment qu’il faut bien mourir, (s’)autorisent à tuer. Ils ne savent pas ce qu’ils disent, ni ce qu’ils font. Ils conduisent le monde vers le pire, sans – évidemment – offrir la moindre solution, avec leurs discours d’ignorance, et les actes qui en découlent.
Ceux qui ont ce sentiment d’urgence, c’est comme si le fil qui les relie à la vie n’était pas rompu. En ceux-ci donc, l’idée de dieu, la réalité de dieu s’exprime en eux. Mais ils peuvent être remplis d’un doute aussi atroce, de même qu’un sentiment d’impuissance face au mur du monde, ses lois inflexibles et ses tyrannies, ses guerres, et ses malheurs, ces perfectionnements techniques d’une machine à tuer la vie, et engendrer la mort.
C’est en ce sens qu’il s’agit de « magie noire ». Parée de beaux habits.
Comment faire pour retrouver la blanche ? Certains la prennent en poudre, et s’en grisent, accentuant le bal fatal.
Tous ces opium sur lesquels le monde se précipite, annoncent une désagrégation sournoise de notre humanité une, et des conflits absolument inévitables et sanglants dans cette déstructuration de notre « être ». On en perd à la fois la raison, et le cœur. On en perd aussi le langage, et les mots perdent leur sens. Dans cette folie, certains se replient dans le mutisme, ou les mutilations, ou le suicide. Parfois seuls ou en groupe. Et le plus fréquent dans une crispation sur un ennemi. Réel ou supposé. En somme tout ce qui se passe devient hostile.
C’est un monde sans pardon. À la rigueur on te pardonne si tu meurs, si tu vas tuer. Si tu sers cette machine, affligeante d’hypocrisie.
Si toi tu penses autrement, si tu veux vivre autrement on ne te cédera rien, tu n’auras droit qu’au soutien lointain de tes pères et de tes mères, soutenant ton âme.
Tu vois, ils sont à la fois en toi, et hors de toi. Et dans ces profondeurs respectives ils savent. ( dans un sens acceptable on peut dire qu’ils sont « ton » dieu, sans agir, l’acteur étant toi )
Et encore plus paradoxal, c’est toi qui les engendre, qui leur rend la vie, en étant vivant.

Partant de cette mise au point concernant cette dimension divine revenue, celle-ci résonne dans le monde à bas bruit. Dans ce sens, toi étant passé par le pire, tu vois petit à petit, lentement le monde se rendre vers le meilleur. J’avoue, c’est loin d’être absolument évident face aux horreurs actuelles.
Mais étant toi-même père ou mère, à la rigueur frère ou sœur, tu n’as pas d’autre issue que de soutenir à ton tour le monde. Il n’y a plus d’ennemi, dans ce sens là. Par ces signes, vous faites le constat d’un monde qui se sauve. Et qui sauve le monde.
Il le faut.

 

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