Les Muses aident à passer les temps

Pour échapper à ce temps-ci, il est nettement plus amusant de se pencher sur ce qui se passait (pensait) dans la nuit des temps, même si nous n’avons nulle preuve mais seulement des indices, et pas des moindres. Nous sommes héritiers de ce qui s’est produit en Grèce antique. Je ne parle pas des présocratiques, mais de ce qu’il y avait avant eux, ces fondateurs des cosmogonies étonnantes, et a priori sans Dieu à l’horizon, ce qui par ailleurs se retrouve en accord avec notre modernité.
C’est comme si des hommes avaient éprouvé le besoin de trouver une sorte d’ordre dans la nature brute. Tous ces systèmes de pensées et d’images ont probablement mis un certain temps pour émerger et se construire, avoir un cohérence malgré les complexités des éléments en jeu. N’ayant ni satellite, ni géométrie, mais des outils relevant de l’imaginaire et des visions, des divinations qui les guidaient, et orientaient leurs recherches, il n’est pas impossible qu’ils en firent des relations de cause à effet, sans les exprimer de façon rationnelle ou dialectique, selon ce que nous entendons aujourd’hui par logique. Il a fallu aussi qu’ils nomment tout cet attirail.
Cela donnait sans doute un tableau d’ensemble, pour faire face aux questions et aux désordres, aux troubles et au effrois qui se présentaient à eux, inévitablement.
Pensez donc, sous leurs pieds, la Terre et ses profondeurs. Au dessus d’eux, le Ciel vaste et ses étoiles. Et puis Chaos, décrit comme la Béance, le Vide. La Terre qui engendre le Ciel, Ouranos qui ne cesse de féconder la terre et de l’engrosser de forces titanesque, Titans et Titanes prisonniers dans la terre, ne pouvant y échapper, retenus par le Ciel omniprésent. Cyclopes n’ayant qu’un œil, et d’autres forces comme des entités impersonnelles. Hékatochires, les cent bras.
Ça en fait du monde, alors qu’il n’y a personne encore à proprement dit, à se remuer sous terre et dans les cieux, pour commencer à entrevoir de quoi il s’agit.
J’imagine ces assemblées de gens réunis et élaborant ces figures. Cela a dû se faire dans la durée, se transmettre tout comme des contes, et s’affiner avec le temps. Permettre aussi quelques débuts de réponse, aux esprits forcément inquiets. De même ceux qui étaient curieux, et dotés d’imagination, pouvaient voir de quoi parlaient les anciens. Et développer en eux ces dons de voyance et de divination.

Bon, si on fait abstraction de ce monde des représentations il y a sans aucun doute des faits qui se déroulaient. Des conflits, problèmes internes et externes, des questions de gouvernement. Et déjà beaucoup de monde pour se faire du mal et se faire du bien.
Si on en croit les auteurs instruits, ce qui se passait tournait très nettement autour des guerres, comme fait inévitable des sociétés. Certaines étant brutes de décoffrage et d’autres en recherche de civilisation, avec ses défauts, comme ces luttes pour le pouvoir ou la domination. Les poètes servaient les rois, les théogonies justifiant les guerres et prédisant victoires ou défaites.
En fait on dirait que rien n’a changé depuis les temps les plus archaïques, les théologies soutenant les armées. Et de façon pas très claires les guerres, tout en appelant à la paix.
Comme si la guerre, ou le Dieu Mars avait encore la primauté. Nous n’aurions pas encore intégré la Déesse Vénus. Sans doute la confondons-nous avec Éros, ou avons oublié ce qu’Il est ?
À part ça, c’est assez amusant de se promener dans ce panthéon, de toutes ces figures sans personne, comme dans des mélodies. Les muses aident.

Quelque part le fait civilisé est vraiment étonnant. Comme s’il cherchait à faire émerger des personnages. Ou comme si des personnages précédaient les événements d’ordre cosmologique, voulaient s’en extraire et se dégager de la nature brute, et vraiment forte. Comme si Zeus, par exemple était « quelqu’un » qui par sa propre volonté parvenait à cela. Né par « miracle  dans le ventre de Cronos. Ça nous change d’un Dieu démiurge initial créateur de Tout.
Les anciens avaient vraiment le temps de penser et rêver à tout ça. Puis en firent des superstitions, puis arrivèrent les philosophes insatisfaits de ces adorations absurdes. Et aujourd’hui la science qui retombe dans les mêmes travers. Méconnaissant les fins dernières, ou voulant les produire ? Ce qui peut être horrible, si on y songe. Avec ces armes.

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