la laideur brute et sans nuance

C’est ainsi cette plongée dans le monde, de notre âme venue d’un lieu tout autre que celui-ci, passée dans le couloir qui descend jusqu’ici comme en apnée. Comment a-t-elle pu supporter cet enfermement et réduction terrible, cet oubli d’elle-même, sans souffrir outre mesure, et sans rien perdre de son être suprême, de cet état si lumineux précédant les étoiles ?

Quel chose étrange cette naissance dans le microscopique, où tu tutoyais les bactéries comme aujourd’hui tu caresses le chat de la maison. Quel monde fantastique, loin des arcs en ciel laids, que tu recomposes à ta guise en y mettant ta touche et ta palette aux tons qui te plaisent, comme ces chants poétiques chargés de nuances délicates, de quarts de ton, de variations à peine audibles, mais qui restituent la flamme où nous dansons.

Qu’adviendra-t-il de nous si nous faisons un pas de travers ?

Ce n’est pas dans le corps.

On ne peut pas vivre si on est effondré dans son Je, dans cette image de soi, ou plus exactement dans son dieu. Dieu qui nous donne à vivre parce qu’il est en soi, en nous, dans cette relation qui le rend vivant. Cela revient à dire qu’on ne peut pas vivre hors de la vérité, sauf un temps, mais qui finit toujours par nous rattraper et nous faire tomber, succomber sous le poids des erreurs, des mensonges, des contre-vérités, des mensonges des intérêts divergents, des compromis, et de bien d’autres facteurs qui minent les individus et les groupes. Ce qui a pour effet de faire tomber tout le monde. Comme lorsque nous avons perdu tous nos repères, cette identité. Mais attention, celui qui veut fixer son je ou sa nation une fois pour toutes, risque aussi de chuter, par rigidité et manque d’ouverture d’esprit.

Il y a des éléments pernicieux dans le langage, dans le logos, ou dans les mots. Des choses qui ne sont jamais dites parce qu’elle sont difficiles à exprimer, ou même qui peuvent s’avérer indicibles. C’est le rôle du poète, de l’art, ou d’Isis de reconstituer les morceaux épars d’ Osiris. Exceptés ses parties génitales, ou ce feu du Désir. D’autres diraient de la foi.

Cultiver la flamme, rendre grâce, c’est à soi seul que cela incombe. À notre seule volonté.

Ce qui est terrible c’est quand on est confronté à des forces assassines, et qu’on défaille, comme celui qui fut abandonné par son Père, qui n’a pas tenu face aux démons déchaînés, tellement violentes qu’elles ne lui laissèrent aucune chance. Ceci est contradictoire avec la doxa admise, du salut par le sacrifice d’un Fils. Non, je n’ai pas changé d’un iota dans ma lecture des événements, anciens et encore d’actualité, qui se répètent en boucle.

Il y a des choses qu’on n’oublie pas. Elles remontent à la surface.

 

Sat comme satellite

J’ai vu la terre comme un œuf rempli de destins
laissant ici pour toujours nos os et notre sang
nos habits de pourpre nos misères
Nous nous disperserons vers ces confins des univers inconnus,
légers allant au lieux où nos cœurs battent
séparés distants des ombres des sinistres
tombes de métal et de béton
ces flux horaires ces électrons
trains arrêtés des morts pétrifiés
sans fusée ni tuyau
nous passerons la porte du soleil
en pénétrant les profondeurs
de son esprit oiseau migrateur
des yeux doux des chiens
du rire des dauphins
des vagues sur cet océan
qui sera notre corps
vivant

mais avant
il faut que tu saches
Dieu n’est plus
concept vidé de son sens
usurpé de sa voix
par la bouche grimaçante
de tous les Satan menteurs
hypocrites ignorants docteurs
administrateurs du néant
assassins ricanant des malheurs
voleurs vêtus de tous les genres
profiteurs gloutons gras
tombés dans la fange
de leurs mots englués
de crachats.

Laisse ça.
Détourne toi du bas.
Reprend toi.

La Cité

Cela fait toujours un choc de venir dans la Cité. Voir ces flux d’automobiles, ces files, de lampes rouges ou blanches, cette débauche d’ampoules sortant des immeubles dont on ne voit pas le bout, ces reflets sur le bitume qui amplifient les éclairages, et laissent l’impression d’un organisme vivant, dans lequel il est très délicat de pouvoir se mouvoir sans se heurter, passer au vert, stopper au rouge, et trouver sa voie dans la nuit pluvieuse au bord du chaos. Et partout, sur toute le terre c’est le même spectacle urbain. je me demandais comment cela pouvait tenir, je songeais qu’il y a des gens qui essaient d’organiser l’ordre dans cet ensemble, où chaque individu n’a d’autre choix que se plier à la loi du corps sans tête.  

Ou alors ce corps aurait des milliards de libre arbitre ? Cela m’étonnerait. Comment donc cet ensemble arrive-t-il à tenir, cela me semble relever d’une énigme. Par quel subterfuge les hommes en arrivent à un degré de soumission à ce monde là ? Tenus par l’argent, ou par la force des répressions, par une certaine morale diffusée depuis des millénaires, progressivement.  Il a bien fallu que le barbare se plie aux lois de la cité, que le sauvage se civilise, c’est à dire fasse abstraction de ses instincts pour pouvoir supporter cette vie factice, et ce vide, ayant l’apparence d’un monde merveilleux, lumineux, chaleureux et confortable. Quel prix les hommes paient pour pouvoir y subsister, que doivent-ils endurer tous les jours dans leurs labeurs, dans les efforts pour subir le stress, les humiliations des tâches répétitives insensées, des poubelles qu’on vide, des murs qu’on effondre et de ceux qu’on remonte inlassablement, les hommes comme des Sisyphe en nombre. Perdant leur temps et puis tombant inertes devant leurs postes de télévisions et des clowns minables qui y paradent et diffusent leurs messages douteux, leurs promesses trompeuses et leur ruse. Ce monde nouveau calqué sur les élevages intensifs et concentrationnaires, sur l’agglomérat des cellules obéissantes au corps, cellules ayant chacune leur fonction, comme les fourmis ou les ouvrières des ruches, ou même sur un arbre, ce monde, par quoi est-il inspiré ?

Le saura-t-on quand il sera expiré ?

Sait-on mieux ce que fut notre présent une fois que celui-ci est passé ? c’est tout de même assez étrange que nous ignorions ce présent et que nous découvririons ce qu’il fut dans son essence une fois mort.

La conscience, voilà ce qui nous fait défaut. C’est, cela ne peut être qu’une Présence. Avec tout ce que cela suppose comme extension dans tous les sens.

Bien, mais à partir de quel Lieu ? Est-ce la sphère des idées pures platoniciennes ? ou ce royaume des anges ou des dieux, comme d’une Cité quelque part dans les cieux et qu’on cherche à regagner ?

Toc toc

Qui est là ?

Qui

Qui est ma mère, qui sont mes frères et sœurs. Cela nous a été déjà posé. C’est mystère, Mister. Comme celui de l’Amour. Comme celui des Mythes et des Images. De notre Âme. Non de la mort. La mort, c’est autre chose, c’est le passage obligé, l’opération qui transforme les corps, jusqu’à leur nudité d’un face à face avec l’âme reliant les corps. Nous ne saurons jamais ce qu’est la mort, nous ne ferons jamais connaissance avec cette force, ce serait notre mort.

Non, nous n’avons qu’à vivre et faire vivre les âmes et les corps. Nous trouvons là notre place parmi les vivants. La mort s’efface. Nous vivons, et parce que nous vivons la mort n’a plus de prise sur nous.

Bon, on peut le dire ou l’écrire, c’est assez facile, mais plus difficile est son application quotidienne, dans ce monde violent, qui a cette fâcheuse tendance à faire succomber les hommes et les femmes dans la tombe. Vois, ce n’est pas qu’une question d’oubli ou de mémoire, cela compte certainement, mais savoir Qui ou quoi nous devrions ne pas oublier. Ce que nous devons chercher, ce qui est haut et grand, ce qui élève les gens, comme les chants, les danses nous élèvent et nous délivrent.

Ceux qui sont tombés dans les tréfonds savent bien de quelle muse il s’agit, la nuit. Quelle déesse ranime la flamme.

 

 

La belle monstre

C’est une terre si minuscule et si grande à la fois, le lieu où se jouent bien des choses, à notre insu. Ce n’est pas pour nous perdre que nous sommes plongés dans cette ignorance, bien au contraire, c’est pour que nous en tirions toutes les leçons, allant dans tous les sens. C’est donc une lutte, toute bête. Une escrime. Chaque nation se croyant investie de l’épée du Verbe, élue, en mission divine et civilisatrice, phare des mondes ténébreux. Ce qui est vrai dans un sens, c’est à dire que chaque nation formée à son école porte des fruits bons, mais d’autres empoisonnés.
Tout ceci, très général ne nous renseigne guère sur le résultat final. Si c’est cette fin qui nous touche au plus près. Mettons que toutes les destructions auxquelles on assiste nous conduisent au bonheur suprême, au moins cela aura servi. Ce ne serait pas plus grave que des hyènes ou des vautours rongeant un cadavre, mais qui ont cet avantage de pouvoir survivre. La terre ravagée donnerait son corps et son sang, et nous serions vivants ? Rien n’est moins sûr. Nous ne sommes vivants qu’en fonction de ce que nous rendons au vivant. Et qui en retour nous donne sa vie.

Je ne vois pas trace de cela dans ces événements si troubles. Je ne vois, et je ne suis pas le seul, que des fortunes qui jouent au casino et se font la guerre sur des malheurs, et des morts. Des prédations partout sans fertiliser la terre, et les hommes. Ainsi l’ humanité en lutte mondiale se croit maîtresse du Jeu, mais elle n’est pour l’heure que la proie souffrant pour rien, elle se mange elle-même comme un cancer. Cellule monstrueuse et suicidaire de son support.
Nous aurons du mal à dire que cette monstre est belle. Non, notre mort en aucun lieu n’est belle.

Maison, pas masure.

Tout est toujours nouveau

Tout se renouvelle sans cesse

En cela, rien n’est nouveau

Et tout est stable, en équilibre,

Mais en mouvement.

Le contraire du mort,

Du figé du statique ou de l’arrêt

Prononcé contre toi.

Toi aussi te surprend chaque jour à être différent

Traversé par ce qui t’inspires, ému et sidéré.

Tu penses à ces paroles des maîtres,

Sans lesquelles tu es pauvre,

Tu penses aussi que ces paroles sont désormais les tiennes

Et qu’elles te soutiennent

Et raniment ta flamme,

Plus proche des soleils que de ta raison,

Et là, à cette condition

Tu rentres dans le Mystère

Devenu lumineux

Comme dans ta maison

Épineux

Tours de verre
et d’aciers comme des épines
couloirs de bitumes gelés
des errants aux dos voûtés
sans espoir ni désespoir
guettent le moindre magot.

Dans les ampoules du théâtre électrique
des marionnettes diffusent des messages
creux.

Le dernier indien gît dans l’oubli des promesses,
trahi.