Au nom des P7res

Nous sommes arrivés au bout d’un grand cycle. D’une nouvelle ère. Regardez derrière vous combien les histoires nous ont façonné et ont conçu la terre, les conditions terrestres, comme une impressionnante mécanique. Qu’en sera-t-il dans dix mille ans ? Il y a bien eu nettement plus de millénaires derrière nous, pour que nous en arrivions à ce point précis du temps. Temps très spécial, d’un Jeu ou d’une Naissance. Il serait venu le temps où la terre s’ouvre enfin vers l’univers. Qu’est-ce à dire ? Les anciens, les premiers hommes auraient-ils été naïfs au point d’ignorer de quoi il s’agit ? Univers intérieur et univers extérieur. Sentiment de la séparation de la partie et du tout. Absence de l’homme et de son âme, de cette unité qui lui fait défaut ?
Les temps historiques ne seraient que des répétitions d’événements fortuits n’ayant aucun sens précis ? Excepté celui que les hommes lui donnent, en voulant, en cherchant, en fabriquant et inventant toutes les formes d’objets et d’arts, puisant dans la matière les éléments de ces constructions, et pour que cela vive et soit pérenne, se conserve pour les siècles. Nous ne pouvons vivre sans idée, ou croyance, ou vision d’un futur, où nous nous projetons. Sans espérance. Et envie de vivre, et joie de vivre.
N’est pas pensable non plus ce fait là : Nous saurions tout de science sûre, dans une conscience impeccable de ce que nous sommes, en connaissance et sans l’ombre d’un oubli ou d’une défaillance. Nous serions alors en plein milieu des dieux et des anges, des créateurs et décideurs des choses et du bal, nous serions purs amours. Acteurs ou contemplateurs ? Nous aurions engendré un spectacle fascinant et jubilatoire de quoi ? De ce que nous aurions mis au monde ? De cette part de nous-mêmes qui n’est pas nous mêmes ? De cette création ou de cet engendrement ? Voyez comment les dieux opèrent. S’ils mettent au monde leurs enfants, c’est pourquoi ?
Et nous ici, dans ce contexte assez dramatique, que faisons de nos amours ? Pensez vous que dans ces situations horrifiques les pauvres gosses vont pouvoir se relever et revenir vers vous, les bras chargés des cadeaux et des trésors fabuleux qu’ils ont découvert dans ces univers éloignés ? Ces secrets fantastiques enfouis dans les limbes des univers lointains où vous avez voyagé il y a de cela des millénaires, et que vous avez envie de faire découvrir à votre progéniture adorée et adorable.

Nous ne pouvons décider de l’avenir. Rien n’est jamais joué. C’est l’avenir qui décide pour nous et nous appelle, nous rappelle plus exactement, avenir auquel nous répondons, en écho. Ou que nous refusons. Butés et fermés. Jusqu’à la fin de tous les temps et de tous les espaces, nos p7res joueront à cache-cache avec nous. De même que nos mères.
Ils ne peuvent pas se révéler à nous dans un pur et entier éclat de leur être, nous serions fracassés comme écrasés sous les laves et les tempêtes, écrasés des extases même. Nous serions tellement emportés que nous nous envolerions d’un coup sans retour possible dans nos corps. Nous serions nés trop tôt, prématurés. Il n’est pas question non plus de s’attarder indéfiniment dans le ventre de notre Mère, cela la rendrait malade, désolée. Allez donc savoir pourquoi…
Mais tout de même, songez qu’au point où nous sommes, nous avons littéralement effectué la nette séparation d’avec nos origines et nos géniteurs, il n’y a plus de dieu. Nous n’avons plus de dieu devant notre face. Tous les dieux futurs sont ici sur cette terre (et peut-être sur d’autres, mais on s’en fiche des autres inconnus) et nous sommes donc ces dieux, dieux futurs créateurs de nous et des milieux. De nos conditions, du mouvement vers la gauche ou vers la droite, des déséquilibres et équilibres qui nous animent, et nous satisfont.
Ainsi donc nous progressons, nous évoluons ayant marché au bord des gouffres.
Cela vous convient-il comme futur espérant ?

N’empêche qu’il serait largement temps d’envisager un futur libre, moins contraignant que ce présent maladif. Cela suppose tellement de rénovation et de révolution dans nos consciences, que ceci ne peut se faire sans tout le monde, même si à la base, c’est le fait d’un seul parmi nous, le fait de ses mots et pensées qui firent une étincelle dans nos esprits. Ce fait là, c’est le fait intime par excellence du lien intime et inviolable de votre âme dialoguant avec votre âme.

une petite promenade n’a jamais fait de mal.

Un truc sur la vengeance, le pardon, sur l’enfer. Sur le bien que peut faire un séjour en enfer pour le rachat des âmes perdues livrées à elles-mêmes, à leurs instincts de leurs haines incomprises. Quant à ceux qui instrumentalisent ces gens, ces assassins parcourant la planète, ce sera double peine. Se tenir face à ces ignominies comme si nous étions des pierres, sans amour, ni haine, non. Prier pour que cela se fasse sans que nul n’accomplisse ces sales besognes. Prier les hommes pour qu’ils ne succombent pas à ces tentations maudites.

***

La gauche, la droite, les partis, tout cela ne veut plus rien dire, si cela a pu signifier quelque chose un jour. Ce sont des crispations, des fixations sur des idées d’administration sans idée du réel humain subjectif, c’est fondé sur l’ignorance, sur pratiquement rien que des mots, qui ont la prétention de changer les choses et les hommes. Tout cela est obscurantisme. Ce sont des carcans juridiques, qui se matérialisent en faisant des murs, en enfermant les gens, en séparant les classes et les savoirs respectifs sans échanges profitables à tous. En créant des abîmes entre nous, des pauvres dans le dénuement extrême et des riches ne sachant plus que faire de leurs fortunes. Certains étant accablés de travail et d’autres accablés de plaisirs écœurants. Mais tout devient vide, si le sens est perdu, le chemin fermé. Si la personne, ou l’individu n’a pas les moyens de sa liberté, de sa connaissance. Les partis politiques fonctionnent comme des sectes. Les religions ne faisant également que de la politique pour imposer leurs vues, leurs aveuglement plutôt, malgré ces bribes de pouvoirs spirituels et langagiers qui leur confèrent une apparence d’autorité. En fait d’autorité il s’agit plus d’adhérents qui font masse, et attribuent de la puissance à ces groupes en lutte. C’est construit sur le même schéma de la division en clans, en histoires qui se défendent, et s’entre tuent.

L’enfer est donc assez proche.

Ceux qui par exemple nous envoient en enfer éternel oublient que si l’enfer est éternel, alors l’Éternel est Enfer, l’un n’étant deux. L’univers ne peut être divisé en deux dans une guerre absolue, sans que l’un ne l’emporte sur l’autre. Si c’est l’enfer qui l’emporte, l’enfer finira par se suicider dans son enfer, dans les profondeurs de sa souffrance infinie qu’il s’inflige, et inflige partout dans son unité existentielle. ( dire le mal à la place de l’enfer, cela revient au même)

Le mal est une impasse absolue du non sens. Mais il existe, il y a du mal, que le « bien » comprend ou essaie de comprendre, contrairement au « mal » qui lui ne comprend pas pourquoi il a « mal » et est « mal ».

Celui qui est « mal » rejette son mal partout où il peut pour s’en délivrer. C’est une sorte de descente aux enfers pour tout le monde.

Celui qui fait mal fait son enfer. Explication : faisant mal, il génère des souffrances qui ne peuvent être gardées par celui qui subit, par les victimes innocentes, où alors cette victime aimerait avoir mal et y trouverait du bien et du bonheur à souffrir, cela suppose un degré de masochisme, de plaisir dans la souffrance, très étrange et très incongrue. Non, celui qui subit des maux rejette ces maux qui reviennent toujours à celui qui en est la cause. Progressivement on tombe sur la cause initiale qui relève du ou des dieux, des créateurs ou facteurs de ces univers, dieu ou la nature. C’est pourquoi la nature encaisse tout, tous les maux humains. Mais comme elle ne peut garder ces maux, elle nous les renvoie, et nous continuons à souffrir sans savoir pourquoi, prisonniers dans nos maux. Rien n’est gratuit si la nature semble encaisser pour rien et subit en silence.

En résumé, le mal est en premier lieu le nôtre, dans un jeu des deux, du bien et du mal. Nul ne peut nous en accuser sans savoir. C’est le sens du jugement dernier. Seul le « bien » absolu sait notre bien. Et nos maux par lesquels nous avons dû passer pour trouver notre bien, pour nous retrouver « bien ».

Bref, le mal est fait pour cela. Pour qu’en nous s’opère cette conscience élevée et transcendante, de l’unité supérieure aux biens du monde.

Venant dans ce monde, il est impensable qu’il soit bien sans mal, ou mal sans bien, il est les deux, nous en apprenons tout, nous faisons nos choix, nous y trouvons nos châtiments ou nos récompenses, nos souffrances ou cette extase ou cet émerveillement.

Rien n’est gratuit. Nous payons toujours le prix qu’il faut pour nous délivrer de nos fautes, de nos erreurs ou de notre mauvaise volonté, de cet esprit de fermeture que nombre d’entre nous veulent imposer aux autres en vertu d’un « bien exclusif », un mal donc. Une séparation les uns des autres, des clans, des sectes, des partis. Par exclusion.

Tout fut faussé … par les mots. Et les faux actes, les faux semblants, les maux que vous avez reçus au nom du « bien ».

Tout cela, fit tellement de morts, que c’est difficile à racheter.

Enfin, qui seul peut nous racheter, je demande.

La Cité

Cela fait toujours un choc de venir dans la Cité. Voir ces flux d’automobiles, ces files, de lampes rouges ou blanches, cette débauche d’ampoules sortant des immeubles dont on ne voit pas le bout, ces reflets sur le bitume qui amplifient les éclairages, et laissent l’impression d’un organisme vivant, dans lequel il est très délicat de pouvoir se mouvoir sans se heurter, passer au vert, stopper au rouge, et trouver sa voie dans la nuit pluvieuse au bord du chaos. Et partout, sur toute le terre c’est le même spectacle urbain. je me demandais comment cela pouvait tenir, je songeais qu’il y a des gens qui essaient d’organiser l’ordre dans cet ensemble, où chaque individu n’a d’autre choix que se plier à la loi du corps sans tête.  

Ou alors ce corps aurait des milliards de libre arbitre ? Cela m’étonnerait. Comment donc cet ensemble arrive-t-il à tenir, cela me semble relever d’une énigme. Par quel subterfuge les hommes en arrivent à un degré de soumission à ce monde là ? Tenus par l’argent, ou par la force des répressions, par une certaine morale diffusée depuis des millénaires, progressivement.  Il a bien fallu que le barbare se plie aux lois de la cité, que le sauvage se civilise, c’est à dire fasse abstraction de ses instincts pour pouvoir supporter cette vie factice, et ce vide, ayant l’apparence d’un monde merveilleux, lumineux, chaleureux et confortable. Quel prix les hommes paient pour pouvoir y subsister, que doivent-ils endurer tous les jours dans leurs labeurs, dans les efforts pour subir le stress, les humiliations des tâches répétitives insensées, des poubelles qu’on vide, des murs qu’on effondre et de ceux qu’on remonte inlassablement, les hommes comme des Sisyphe en nombre. Perdant leur temps et puis tombant inertes devant leurs postes de télévisions et des clowns minables qui y paradent et diffusent leurs messages douteux, leurs promesses trompeuses et leur ruse. Ce monde nouveau calqué sur les élevages intensifs et concentrationnaires, sur l’agglomérat des cellules obéissantes au corps, cellules ayant chacune leur fonction, comme les fourmis ou les ouvrières des ruches, ou même sur un arbre, ce monde, par quoi est-il inspiré ?

Le saura-t-on quand il sera expiré ?

Sait-on mieux ce que fut notre présent une fois que celui-ci est passé ? c’est tout de même assez étrange que nous ignorions ce présent et que nous découvririons ce qu’il fut dans son essence une fois mort.

La conscience, voilà ce qui nous fait défaut. C’est, cela ne peut être qu’une Présence. Avec tout ce que cela suppose comme extension dans tous les sens.

Bien, mais à partir de quel Lieu ? Est-ce la sphère des idées pures platoniciennes ? ou ce royaume des anges ou des dieux, comme d’une Cité quelque part dans les cieux et qu’on cherche à regagner ?

Toc toc

Qui est là ?

Où il s’agit de ne pas perdre la boule

Ceux, bien malins qui occupent les premières places ne voulant pas laisser les autres gouverner leurs vies, détournent leur attention vers des choses pénibles, nuisibles et contraignantes qui les polarisent et les obsèdent, de telle sorte qu’ils ne savent plus quoi faire ou penser, sont forcés de ronger cet os sinistre qu’on leur met dans la bouche, comme un bâillon ou un masque.

Finies ces questions de sens, de métaphysique, de réflexions sur le temps futur, ou le destin, finies ces interrogations éclairantes sur la mort, sur l’immortalité, sur l’amour éternel. Par ces poids posés sur notre esprit, sur la psyché et la mémoire, nous succombons dans l’oubli, ou le vide. Pendant ces temps perdus, les opérations continuent, la machine à fabriquer une terre artificielle se poursuivent, à notre insu.
Nous ne sommes plus rien dans le Jeu. Absolument plus rien. Nous sommes poussières.
Nous sommes jouets entre des mains qui font de nous ce qu’ils veulent. Ce n’est pas tout à fait « normal ».

Alors, de mon côté, pour ne pas perdre le fil, je divertis ce qui nous divertit et nous égare, avec cette pensée du Temps. Le futur est pour toujours futur, idem pour le passé. Seul le présent se modifie, varie en fonction du futur. Mais non en fonction du passé. Le présent dans le temps est pratiquement rien si nous ne sommes pas dans le Présent éternel, essentiel.
Comment faire pour rendre le présent éternel, ainsi se pose la question, au sujet de l’être, pour rendre l’Éternel présent ?
Voyez, tout est fait pour nous détourner de cette question là. Ou pour que nous en mesurions l’importance par nos seules ressources, que nous nous retrouvions sans qu’un étranger nous le révèle, ou nous le dicte. Et paradoxalement, tout est fait pour nous faire croire que la question est résolue, close, et que nous n’avons plus qu’à suivre et obéir à nos maîtres. Les malins… 

Pensez donc, si nous ne perdons pas la boule, qui donc pourra nous imposer ce que nous n’aurions pas choisi ?
Ce qui règne en ces moments pénibles tient des forces barbares et brutales, des impuissances de démons déchaînés. Et c’est de là que sortent les effrois nous paralysant. 

 

Qui est fou ?

Nous avons tout à apprendre, a réapprendre ou nous souvenir. Tout ce que nous éprouvons, biens comme maux, cela nous forme, nous enseigne. Il est impossible de confondre les larmes et la joie, la joie qui devient larme, et les larmes qui se muent en joie. Les instruments du mal, ceux qui sont leurs serviteurs n’auront que ce qu’ils méritent, c’est à dire pas grand-chose, même si leur nom est inscrit dans les livres d’histoire. Tandis que celui qui n’a pas causé de maux mais au contraire cultivé le « bien », cherché la vérité et la beauté, sagesse, bonheur, tout ce qui élève et instruit, éveille et donne envie de vivre et d’aimer, celui qui en a payé le prix de sa personne, celui-là malgré ses blessures fatalement, restera dans les mémoires, livre d’histoire qui ne s’efface pas. Cela constitue une chaîne de vie par delà les morts. On les laisse tranquilles. Nous aurions retrouvé la Vie. La vie serait revenue. Comme la pluie sur nos sols desséchés. Dans ces conditions, nous retrouvons la santé, la légèreté, le bonheur d’être présent sur terre simplement, parce que nous sommes reliés à ces dimensions supérieures recouvrant tous les sens.
Ces dimensions supérieures nous envoient quelques signaux faibles, assez éloquents passant par des canaux inaudibles pour ceux qui sont enfermés et maudits. Par eux-mêmes. Ceux qui persistent dans la voie négative qui s’avère être une impasse complète.
Y a-t-il encore des terriens, dont l’objet , la raison d’être, se tient visiblement dans l’éternité ? Et qui pense, parle et agit selon cela.
Qui est fou ?

Petite note à propos des messages

Avez vous remarqué combien les gens sont susceptibles et sourcilleux à propos des mots sur lesquels ils s’agrippent comme uniques références faisant autorité, et reconnues, rejetant avec une certaine férocité ceux qui les bousculent ? Cela les rassure, de penser qu’ils vivent dans un monde bien balisé, non surprenant et n’obligeant pas à changer. Il faut avouer que ce n’est guère confortable de devoir modifier ses croyances, ou ses certitudes, être la proie du doute, remettre en question les fondements de son passé, des erreurs éventuelles qui jalonnèrent notre temps. Tout bonnement parce nous serions confrontés à nouveau avec l’inconnu, et poursuivre la route périlleuse, effrayante au sommet.

Il s’agit d’une question de confiance. Nous sommes seuls sur le chemin, à pouvoir décider de ceci ou cela, notre liberté n’est jamais conditionnée par les opinions, nous n’avons que notre guide intérieur – appelle ça la conscience si tu veux – qui ne peut nullement être réduit au silence.

Tant que le monde sacrifiera ses meilleurs parmi nous, cela ne pourra aller qu’en empirant. Ce serait le triomphe du bas sur le haut. Et là les mots sont signifiants. il ne s’agit pas d’un bas spatialisé, d’un bas géométrique, mais d’un bas de déchéance ou de dégradation de l’âme humaine.

Où il n’est question que de l’âme et de rien d’autre.

Eh oui, sans cet objet verbal nommé âme, rien ne se passe, se perçoit ou se conçoit, c’est comme si elle était tombée dans un trou noir.

Savoir ce qu’elle est, d’où elle vient et où elle pourrait se rendre, ce qui la fortifie ou l’anémie, ce qu’il lui faut pour se soutenir, cela ne relève pas des décrets du monde, qui n’ont jamais cessé de la tourmenter, de soumettre ainsi tous les hommes à l’épreuve, du bien et du mal.

Mais voyez comme tout s’achève ces jours ci. Phénomène de saturation globale d’une terre arrivée au bout de quelque chose et doit envisager autre chose, une révision incontournable de nos choix, personnels et collectifs.

L’âme est incomplète. Elle ne se complète que par le féminin et le masculin qui s’assemblent. Que ceci ne soit pas un mur pour empêcher l’amitié.

Chaîne cruciale

Ben voyons, le couple, ce n’est pas gratuit, ça se paie. Cela demande du sacrifice. Ce n’est pas donné d’emblée puis gravé sur un parchemin, c’est un jeu de rôles respectifs, jeu d’épreuves face au monde. Ce qui se forge dans le couple relève de l’ange et du démon. Du vice et du désir. Du puits sans fond et des montagnes, des angoisses et des extases, du miroir et du rayon de soleil qui nous aveugle. La beauté donc diabolique, attirante, envoûtante qui nous conduit l’un vers l’autre dans une lumière, ou nous sépare dans ses ténèbres. Y a-t-il un gardien du but ? Chacun se méprenant tout à fait sur les fins, que l’on croit organiques. Squelettes animés des mêmes ossements, dans un corps à corps sourd, choc du minéral ou du métal, est-ce cela qui assemble l’Arbre ? La fleur dure si peu. Mais son nombre assure la survie des fruits. Vivre vraiment nous épuise. Il suffit de voir combien nos vieux finissent tous dans un état assez lamentable, de solitude, de silence et plus ou moins d’abandon, de misère et de dénuement, sans retour possible, ou toujours vers la défaite et la mort. Alors ce serait une existence sans issue où seule la jouissance du fruit serait porteuse de sens et de sang, flamboiement de la copulation, et des salives mélangées. Comme si tout était là. Serpent qui nous unit dans un même lit. Non, il n’y a personne d’autre que toi et moi pouvant aller au bout de cette traversée. Ce que nous devons accomplir, et qui semble vain, ou sans réalité. Mirage de nos existences et de notre passé évanoui. Non, voyez, rien ne s’oublie, personne ne peut s’oublier de façon définitive, sauf l’atrocité des maux dont nous serions la cause et la victime. Nous n’oublierons jamais nos amours uniques, ce sont des pierres imputrescibles, translucides comme l’eau.
Si ceci nous effraie, c’est comme si nous étions condamnés tel Sisyphe, à devoir sans cesse remonter cette pierre sur le sommet et de la voir retomber, désespérant face à la méchanceté des éléments. Alors que nous aspirons simplement à revenir sur notre île, d’où nous venons.
Cette île n’est pas de simple Esprit dénué de matière ou de corps, c’est un corps d’une autre matière animé d’un esprit autre que celui dont nous faisons usage, habitués que nous sommes à cet habit présent. Mais voyez combien cet esprit se matérialise, et que cette matière devient spirituelle, et que cela relève de notre volonté bien orientée, délivrée des vices laissés en retrait, et dont l’utilité n’est plus à démontrer. De même que ces poisons nous soignèrent, mais dont nous n’avons plus besoin.
Non la vie n’est pas un rêve. Nous aurions sans doute aimé que cela fût ainsi, pour nous faciliter la tâche ? Le sens du rêve, le rêve a le sens de nous conduire vers ce que nous sommes en vérité. Comme si l’accouchement était indolore.
Espérons que les enfants qui naissent aujourd’hui se souviennent mieux que nous d’où ils viennent, et de quels pouvoirs effectifs ils sont dotés, parce que la puissance des bas fonds est ici bas tellement ravageuse, qu’ils auront fort à faire pour inverser le flux sinistre. Mais là, j’entends bien que cela ne nous dispense de rien, et de devoir beaucoup pour eux. Juste une question de chaîne, cruciale.

à l’ombre d’un arbre

Si vous savez ce qu’est l’homme, vous savez tout ce qu’il convient de savoir. Non, nous ne sommes pas une simple organisation complexe d’éléments épars qui se seraient agglutinés fortuitement ou selon quelques suites de nombres décidant de nos corps, non. D’ailleurs, ceci est vrai pour le moindre élément, comme le sable jeté dans le vide absolu. Comme s’il y avait un comptable, ou un géomètre mesurant les alignements des atomes, alors que ceux-ci savent trouver sans chercher leur place dans l’ensemble. Tout se tient.
Mais nous, non, nous sommes dotés d’une sorte d’incohérence et de non sens, nous affectant, nous contraignant à sans cesse revoir nos positions, essayer de nous conformer à quelque plan afin de pouvoir vivre. Tout simplement ce besoin de vivre, relève de ces dimensions symboliques, des paroles et des sentiments qui nous traversent, de cette impression de nous sortir de la fange, ou de la masse informe dont nous sommes pétris mais qui ne peut en aucun cas nous satisfaire. Être vivant c’est sortir de cela, et s’élever vers les dimensions sublimes de l’amour, du désir même, si ce n’est pas le boulet du corps, mais sa fonction lumineuse qui nous aimante. Le lieu où le sublime se révèle tient à si peu, comme une étincelle embrase les ténèbres. Et cependant quel choc entre la violence et la douceur. Et tout ceci nous impose de tenir et résister, accepter notre condition animale, prisonnier de nos appétits, de nos habitudes, et de notre débilité congénitale. Pensez donc, notre temps d’existence ne dure que le temps d’un clin d’œil, perçu étrangement comme s’il était éternel. Mais voyez, il y a une bouche monstrueuse dans ce monde, avalant les hommes comme des bêtes, et ceux-ci succombent d’impuissance et de révolte, détruisant tout sur leur passage, et en définitive eux-mêmes se ruinant. Impossible de leur crier combien c’est idiot tous ces maux qu’ils fabriquent au nom de logiques absurdes, horribles hommes en perdition.
Je ne sais pas jusqu’où nous devrons subir ces actions néfastes, et où nous allons pouvoir nous retrouver, s’il existe dans ces univers des endroits moins violents, des havres de paix, des îles encore vivantes, et des arbres nous prodiguant leur ombre.

Pilier des anges.

Pourquoi donc les hommes actuels commettent autant d’atrocités, de destructions, de souffrances dans ce monde, des champs de mines, des zones interdites, des forêts emprisonnées, des animaux massacrés, pourquoi tout cela ? Il ne resterait comme lieux heureux ces terrasses où la bière coule à flot pour tromper les ennuis et la solitude, ou bien ces temples de la consommation, de ces luxes inutiles, ou presque, ne nous disant pratiquement rien malgré tous les talents qui les produisent. Nous nous trouvons aussi stupides et vides face à l’abîme. Je me demande si les mots peuvent modifier le cours des choses, si cela peut suffire. C’est peut-être plus la forme des mots, ou des dessins, le style et le ton de la voix, les visages parlant vrai, les masques tombés révélant la beauté ou l’horreur, la monstruosité de la mort, de ces hantises générant ces ravages, ces démons déchaînés dans leur calculs absurdes.
Rien ne peut se dire, en vérité, que sa Lumière, ou son Amour, cela, comme une flèche brisée d’une dame aux yeux bandés. Attendant sa délivrance.